Le Mantra de la Bienveillance VRÉ

Dans le cadre de la conception de la version longue de la fable du hêtre, de ses forêts et de ses archipels, s'est construite une phrase qui s'est enrichie en plusieurs passes. 

Elle constituait une synthèse de ce que le hêtre particulièrement bienveillant manifestait, à travers une série de 6 verbes et avec deux éléments de discernement pour une bienveillance équilibrée et une approche gagnant-gagnant.

De cette phrase est venu le mantra qui est aussi par ailleurs un processus :

Recevoir,
faire circuler, bonifier, 
protéger, contribuer et donner
là où la vie a réellement besoin de nous, 
à la juste mesure de nos forces.

Le duo central : donner ↔ recevoir

Dans la bienveillance VRÉ - Vivante, Robuste et Émergente -, chaque geste porte l’autre en lui.

Dans la société actuelle, on constate souvent les deux tendances suivantes :

  • on donne sans se poser la question de savoir si le bénéficiaire en a réellement besoin et s'il est demandeur ;
  • on se plaint de plus donner que recevoir.
Avec la Bienveillance VRÉ, "Recevoir" et "Donner" sont fortement couplés avec une primauté pour le verbe "Recevoir" qui a deux fonctions d'émergence :

  • faire émerger la bienveillance reçue ;
  • activer des gestes de bienveillance de telle manière qu'ils puissent être bien reçus.

Dans une vision classique de la bienveillance, il est fréquent de constater que "recevoir" et "donner" sont découplés, avec deux manifestations :

  • Lorsque nous recevons sans voir, nous empêchons la bienveillance de circuler : la chaîne se brise, même sans intention.
  • On ne peut pas prendre soin de ce qu’on n’a pas pris le soin de bien voir.  

Pour qu'il soit juste, tout acte bienveillant doit trouver sa source dans la réception du résultat d'une observation d'une situation, de son propre état, de l'état du-des bénéficiaire-s et de l'environnement (cf Principe d'ajustement et d'appréciation de la Bienveillance VRÉ)

Recevoir est le verbe premier de la Bienveillance VRÉ et de son mantra. 

→ Accéder à la page dédiée :  Recevoir et donner en fil rouge du mantra de la bienveillance


Les verbes du mantra au sein d'un processus

Voici le schéma du processus du mantra avec ses 6 verbes qui ne sont pas strictement séquentiels.


On distingue 3 groupes :

  • le verbe Recevoir : le grand impensé de la bienveillance classique qui permet notamment de se nourrir de la bienveillance qui nous est donnée ;
  • les verbes "Faire circuler" et "Bonifier : tout ce qui nous traverse peut être redonné brut ou transformé, avec un filtre à 5 issues ;
  • les verbes "Protéger", "Contribuer" et "Donner" : 3 façons différentes d'opérer des gestes bienveillants.

Les 6 verbes du mantra

[Recevoir]

Recevoir est un verbe actif et non passif comme on le croit souvent.

Dans "Recevoir", il y a "voir". Un verbe actif qui se conjugue avec le verbe "observer". Une observation qui mérite de s'opérer sans jugement.

C’est ouvrir les yeux, les sens, l’esprit et le cœur à ce qui nous est donné — souvent sans bruit, sans demande, sans visibilité.

Recevoir, c’est se révéler et reconnaître l’invisible : la sève brute, les gestes silencieux, les soutiens discrets. C’est discerner l’intention de celui qui donne, et discerner ce à quoi cela répond en nous — besoin réel ou envie, selon le contexte.


Recevoir, c’est apprécier ce qui nous est donné, l’apprécier à sa juste valeur, ressentir de la gratitude et remercier qui nous l’a donné.

Recevoir s'intéresse non seulement à l'extérieur mais aussi à ce qui se passe en nous, pour que les gestes bienveillants à venir considèrent aussi nos besoins ("ce dont la vie a réellement besoin de nous") et nos forces ("à la juste mesure de nos forces")

C’est le premier mouvement du vivant.

[Faire circuler, Bonifier]

Tout ce qui nous traverse peut être redonné brut ou transformé. 

Comme le hêtre filtre la sève brute pour en faire une sève élaborée, nous avons la responsabilité de trier, clarifier, apaiser, transmuter ce que nous recevons avant de le laisser repartir dans le monde. Notre SNA, notre empathie et notre rationalité ont toutefois une priorité absolue : la vigilance aux signaux de danger, comme le fait le hêtre pour se protéger de ce qui lui est nuisible. 

Il y a donc un enjeu premier de se protéger et de protéger, qui peut être possiblement contrarié par l'état polyvagal dans lequel on se trouve. Recevoir des signaux de danger  - et savoir les décrypter  - pour (se) donner de la protection.

Plus de précisions sur le filtre à 5 issues dans la section suivante.

La bonification concerne notamment ce en quoi nos émotions peuvent devenir transformatrices.

Faire circuler et bonifier, c’est ajuster ce que l’on a reçu pour qu’il puisse répondre à un besoin réel — le nôtre ou celui d’autrui.

C’est aussi discerner ce qui relève d’un besoin ou d’une envie, et ajuster la réponse avec justesse.

C’est le métabolisme de la bienveillance vivante.

[Protéger, Contribuer, Donner]

Protéger, contribuer et donner n’est pas se vider, ni se conformer aux attentes supposées d’autrui. 

C’est discerner où la vie appelle, où un manque se fait sentir, où notre geste peut réellement nourrir.

Protéger, c’est prendre soin de ce qui est fragile et de ce qui est précieuxfiltrer ce qui blesse, et se tenir debout ensemble face à ce qui menace le vivant.

C’est aussi se donner de la bienveillance à soi-même, prendre soin de son corps, de sa santé, de son cerveau, pour rester capable de contribuer.

Et, point qui nécessite d'être appuyé car souvent impensé : c’est donner à voir nos besoins réels, pour permettre à l’autre d’ajuster sa bienveillance. Il est fréquent d'entendre des personnes se plaindre d'un déficit de bienveillance à leur égard, alors même qu'elles n'ont pas donné à voir leurs besoins.

Donner à voir nos besoins est facilité par les postures suivantes :

  • l'humilité : exprimer des besoins n'est pas un signe de faiblesse, mais de lucidité et de conscience de l'interdépendance et de la puissance coopérative ;
  • l'affirmation de soi : exprimer ses besoins n'a rien d'indécent du moment qu'on ne tombe pas dans l'égocentrisme.

Donner, c’est donc une triple dynamique : voir, donner à voir, se donner.

C’est accueillir le besoin réel — le nôtre et celui du monde — et y répondre avec justesse.

Le principe d'ajustement et d'appréciation de la Bienveillance VRÉ pose fortement l'enjeu de la recevabilité :

  • Protéger n’est pas protéger selon l'idée de l'émetteur de la bienveillance, mais protéger de façon recevable.
  • Contribuer n’est pas apporter, mais contribuer à quelque chose qui peut accueillir cette contribution.
  • Donner n’est pas transférer, mais rendre possible une réception digne, autonome, active.

Donc l’acte bienveillant n’est plus centré sur l’émetteur.

Il est centré sur la capacité du milieu à recevoir sans se fragiliser, émetteur, bénéficiaire et autres parties prenantes directes ou indirectes compris.

C’est un des basculements majeurs de la Bienveillance VRÉ.

Le filtre à 5 issues

Le processus du mantra comportant un cœur opérationnel : un filtre vivant qui oriente ce qui nous traverse. Il comporte cinq issues :

  • 0) Demande éventuelle de clarification : c'est une forme de préfiltre bienveillant ; avant éventuellement de s'emballer, et en cas de doute, il est demandé une clarification pour éviter tout malentendu. C'est une des principales innovations et caractéristiques de la stratégie "Coopérenne". → Donner (demander une clarification, c'est une rétroaction, c'est donner de la bienveillance à la relation, à autrui et à soi-même ; un acte de bienveillance en soi)
  • 1) Réaction de protection : C'est la plus prioritaire  : elle correspond à la priorité du Système Nerveux Autonome (SNA) : écarter immédiatement ce qui est nuisible pour préserver soi, autrui et la qualité de la relation. → Protéger
  • 2) Circulation brute : transmettre tel quel ce qui peut circuler. → Protéger, Contribuer, Donner
  • 3) Bonification : elle amène à un travail d'alchimie avant d’être offert. Cela amène à transformer - éventuellement après décantation - ce qui mérite de l’être. → Bonifier, puis Protéger, Contribuer, Donner
  • 4) Non‑pertinence / Invisibilisation : ce qui est inutile, stérile ou dissimulé. → Fin de non‑recevoir ou protection
Les issues du filtre — circulation brute et bonification — convergent vers un même espace d’action : le trio protéger – contribuer – donner. Ce crochet commun montre que ces trois gestes ne sont pas des destinations distinctes, mais des modalités possibles d’un même mouvement vers le monde.

Dans le filtre, un cas particulier apparaît, le 4) : celui de la matière stérile, non nuisible mais envahissante. Lorsque son flux devient trop volumineux, le vivant active une fin de non‑recevoir : un geste de protection qui consiste à ne plus consacrer d’énergie à ce qui n’apporte rien. 
C’est une régulation attentionnelle, comme se désabonner d’une newsletter ou cesser de répondre à des sollicitations qui saturent sans nourrir. 
Ce geste n’est pas un rejet, mais une forme de protéger : protéger son énergie, son attention, sa capacité à contribuer au vivant.

Le discernement des vrais besoins

"là où la vie a réellement besoin de nous," extrait du mantra

S'ils ne sont pas suffisamment pensés, les gestes de bienveillance peuvent ne pas être justes. Quelques types de situation d'une bienveillance qui ne fait pas mouche :
  • faire plaisir plutôt que faire du bien,
  • projeter ses propres attentes dans les supposées attentes d'autrui,
  • ne pas tenir compte de ses propres besoins,
  • ne pas considérer l'écologie de la situation en ne tenant pas compte des différentes parties prenantes directes ou indirectes,
  • placer son énergie et son temps sur des actions non importantes alors que des besoins importants sont laissés sans réponse.
Pour éviter ces travers, l'action première de "recevoir" - incluant "observer" - permet de prendre la température et d'orienter ensuite justement nos gestes de bienveillance.

Le discernement sur l'état des parties prenantes et leurs forces 

"à la juste mesure de nos forces."  extrait du mantra

On constate dans notre société que nombre de personnes qui pratiquent des métiers de soin et d'attention ou qui consacrent une part de leur énergie et de leur temps au bénévolat ont soit une conception sacrificielle de leurs missions, soit s'oublient elles-mêmes par une focalisation excessive sur les bénéficiaires ou sur la dimension transcendantale de leur engagement. Le risque étant des déséquilibres entre les sphères de vie et des atteintes à la santé, notamment le burn-out.

Une bienveillance investie de manière insuffisamment considérée et attentive à soi-même peut se solder à du perdant-perdant.

Il y a un paradoxe important à souligner : bien souvent, les personnes qui tirent sur la corde exagérément par rapport à leur équilibre de vie au bénéfice d'autrui ou d'un projet, le font par soucis de ne pas mettre en difficulté le bénéficiaire ou le projet ou la structure. 

Seulement, le jour où elles finissent en épuisement qui les mettent en incapacité de faire quoi que ce soit, ni en lien envers leur engagement ni pour quoi que ce soit d'autres, bénéficiaire, projet ou structure se révèlent aussi perdants dans cette situation, encore plus que si elles avaient levé le pied ou réduit leur engagement.


Protéger, contribuer ou donner avec justesse nécessite de prendre en considération l'état de santé (physique, psychique, social) des parties prenantes - y compris soi-même, des forces, des capacités, des disponibilités, des soutiens potentiels, des freins, ...



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