
Dernière révision : 27/09/2026
Cette page est consacrée à la présentation d'un élément central de modélisation de la
Bienveillance VRÉ à laquelle je réfléchis et travaille depuis 2019 : une compréhension des enjeux de la bienveillance à travers 4 dimensions indissociables et réplicables au sein d'un modèle interconnecté.
Elles ne prétendent pas constituer « les » dimensions de la bienveillance en général, mais proposent une grille de lecture interdépendante et réplicable propre à cette modélisation.
Vous pouvez directement accéder en mode rapide aux 4 schémas (diaporamas animés) dans l'image interactive ci-dessous en cliquant sur les points interactifs (de préférence dans l'ordre indiqué par la flèche verte) ou faire défiler cet article et prendre connaissance de chaque schéma avec un court texte explicatif.
Les 4 dimensions indissociables
Les 4 dimensions modélisées ici sont le fruit d'une réflexion sur l'idée de reconnexion et de bienveillance : à soi, à autrui, à nos nombreux collectifs et communautés d'appartenance, à la nature sous toutes ses formes. Elle s'appuie sur le concept de "
holon" : toute entité est à la fois un tout et une partie d'un tout. J'entends par la suite entité comme individu ou collectif/communauté d'individus au sein d'écosystèmes comportant des humains et autres qu'humains. La notion d'holon apparaît avec les deux axes verticaux : "Moi dans des Nous" (vers le haut) et "Vous en Moi" (vers le bas).
Les 4 dimensions sont indissociables dans le sens où tout sous-investissement sur une ou plusieurs dimensions au profit d'une ou d'autres dimensions crée potentiellement un déséquilibre de bienveillance.
Elles sont interdépendantes, dans la mesure où elles s'influencent mutuellement. Par exemple, la bienveillance aux aspirations profondes ("Moi Je") impacte positivement la bienveillance aux écosystèmes d'appartenance ("Moi dans des Nous"), et la bienveillance à ses propres organes ("Vous en Moi") impacte positivement un investissement efficace et juste dans les autres dimensions. Inversement, une insuffisance d'investissement et/ou un surinvestissement dans une dimension risquent d'influencer négativement alimentant éventuellement un cercle vicieux.
Les quatre dimensions ne constituent pas seulement quatre directions de l'attention. Elles permettent également de rendre visible une circulation entre l'état du vivant, la personne singulière, la relation et les collectifs auxquels elle contribue.
La société et les Territoires de la Bienveillance reposent sur l'idée que la bienveillance sur une dimension ne doit pas se faire sur le dos ou au détriment d'autres dimensions, intentionnellement ou non.
Un changement de paradigme : de « devoir être bienveillant » à « contribuer, chacun à sa juste mesure, à rendre la bienveillance possible »
Il ne s’agit pas de remplacer l’injonction individuelle à être bienveillant par une nouvelle injonction collective. La Bienveillance VRÉ invite plutôt chacun, à sa juste mesure, à contribuer aux conditions qui permettent à la bienveillance d’émerger, de circuler et de durer.
Cette juste mesure n’est ni fixe ni identique pour tous. Elle dépend de l’état du vivant, des ressources disponibles, de la situation, du milieu, mais aussi de la place et des responsabilités de chacun.
Le déplacement proposé est donc double : ne plus faire reposer la bienveillance sur la seule volonté individuelle, sans pour autant dissoudre la responsabilité individuelle dans celle du milieu.
Il s’agit de penser conjointement ce que chacun peut faire ET les conditions qui lui permettent de le faire, dans une articulation dynamique des responsabilités individuelles, relationnelles et collectives.
Une modélisation fractale
La modélisation est
fractale (structure similaire à toutes les échelles, comme par exemple la fougère, le chou romanesco) dans le sens où l'entité vue à travers ces 4 dimensions de bienveillance est indifféremment un individu ou un collectif/communauté quelle que soit son échelle.
En ce sens, une entité peut être considérée comme un territoire de bienveillance : l'individu, le couple, la cellule familiale, l'équipe de travail, l'entreprise d'appartenance, les associations auxquelles il adhère/contribue, les différents niveaux de territoire (commune, communauté de communes, département, région, pays, communauté de pays, monde).
Cette modélisation en 4 dimensions permet de considérer les enjeux et défis de bienveillance à chacune des strates de la société, et de la même façon. Avec deux grands niveaux d'échelle : individuel et collectif.
A noter que la dimension "Vous en moi" doit s'entendre un peu différemment au niveau individuel et au niveau collectif :
- Au niveau individuel, cela concerne nos organes et microbriotes. La bienveillance sur cette dimension porte donc l'attention à notre propre santé physique, psychique et sociale, aux comportements de prévention de la santé (notamment le sommeil, l'alimentation, l'activité physique et la relaxation).
- Au niveau collectif, il s'agit de la responsabilité du collectif ou de la communauté en matière de bienveillance envers ses membres, chacun dans sa singularité, et notamment pour préserver la santé physique, psychique et sociale. Cela interpelle aussi la place qu'on leur donne dans les décisions, la reconnaissance, et toutes les champs de la Qualité de Vie [au Travail].
Un modèle interconnecté mettant en évidence une articulation des responsabilités et de la réciprocité
J'ai pu constater à de nombreuses reprises dans le cas de surinvestissement de personnes, notamment dans des activités bénévoles, qu'on renvoie ces personnes à leur responsabilité de prendre soin d'elles-mêmes. Une façon de considérer qu'il s'agirait simplement individuellement d'équilibrer d'une part la bienveillance à une cause (engagement - "Moi dans des Nous") avec la bienveillance à soi-même (prendre soin de soi - "Vous en Moi").
La présente modélisation fractale en 4 dimensions permet d'interconnecter plusieurs niveaux de bienveillance, notamment l'individu avec ses collectifs d'appartenance et avec d'autres individus.
Ce qui permet de mettre en jeu d'autres niveaux de responsabilité. Apparaissent notamment des enjeux de réciprocité et d'articulation de responsabilités que je liste ici par rapport à l'appartenance à un collectif :
- Mes propres responsabilités en tant qu'individu :
- 1/ Je prends soin de ma santé physique, psychique et sociale ("Vous en Moi")
- 2/ Je suis attentif à pouvoir réaliser mes aspirations profondes ("Moi Je")
- 3/ Je contribue au collectif et à la prise en compte de la Bienveillance dans mon collectif ("Moi dans des Nous")
- 4/ Je prends soin de mes collègues, des clients, bénéficiaires, fournisseurs, partenaires, en tant qu'individus ("Toi et Moi")
- Des responsabilités de réciprocité :
- 5/ Mon collectif prend soin de moi ("Vous en Moi" du collectif) ; s'ajoute ma propre responsabilité le cas échéant à inviter le collectif à sa responsabilité de bienveillance si elle est défaillante
- 6/ Mes collègues prennent soin de moi ("Toi et Moi" de mes collègues) ; s'ajoute ma propre responsabilité le cas échéant à inviter mes collègues à leur responsabilité de bienveillance si elle est défaillante, et en cas d'échec à faire jouer la responsabilité du collectif
Pour un collectif de travail, on peut aussi ajouter d'autres niveaux de responsabilités : celles notamment de la médecine du travail, de l'inspection du travail, de la représentation du personnel, de la DRH, des clients, bénéficiaires, fournisseurs, partenaires, ...
Il y a aussi la bienveillance de l'entourage familial et amical qui peut envoyer des signaux d'alerte et soutenir dans les cas de surinvestissement (auquel cas l'individu a aussi la responsabilité de tenir compte de ses signaux).
Avec l'activation de tous ces niveaux de bienveillance, le burnout disparaîtrait assurément de notre société.
Et la nature dans tout ça ?
Peut-être serez-vous surpris·e de ne pas voir apparaître de dimension spécifique pour la nature, pour la planète. Dans
la première modélisation que j'ai réalisée, également avec 4 dimensions, la nature constituait une dimension en soi. L'emballement climatique et la perte dramatique de la biodiversité le justifiaient largement. Seulement, philosophiquement et structurellement, j'ai trouvé insatisfaisant de continuer à faire la séparation entre humain et nature.
Dans la présente modélisation, la nature disparaît en tant que dimension pour imprégner chacune des dimensions du modèle, avec l'idée que l'humain est indissociable de la nature :
- il fait partie de la nature ("Moi dans des Nous")
- est nature (constitué d'organismes vivants) ("Vous en Moi")
- et coopère avec des éléments de la nature ("Toi et Moi" et "Vous en Moi")
La société et les Territoires de la Bienveillance reposent sur une vision écosystémique dans laquelle l'humain met son intelligence particulière et son humanité au service du vivant et s'efforce de réparer ce qui a été détruit par une petite poignée de générations d'êtres humains par inconscience, facilité, intérêts individuels, ... selon les personnes et les situations.
Le « ET pondéré » : réguler les 4 dimensions ET articuler le « Comment » et le « Quoi »
1. Indissociabilité ne signifie pas égalité
Dire que les quatre dimensions sont indissociables ne signifie pas qu'elles doivent être mobilisées simultanément dans les mêmes proportions.
Il ne s'agit ni de juxtaposer quatre dimensions indépendantes, ni de rechercher une répartition à parts égales entre "Moi Je", "Vous en Moi", "Toi et Moi" et "Moi dans des Nous".
Le ET affirme leur interdépendance : prendre soin de soi n'est pas opposé à prendre soin de l'autre ; être attentif à l'autre n'exclut pas de prendre en compte le collectif ; contribuer au collectif ne devrait pas conduire à s'oublier soi-même (un grand classique par exemple dans les professions du soin).
Le pondéré introduit la régulation : selon l'état du vivant, la situation et le milieu, une dimension peut momentanément prendre davantage de place tandis que les autres restent présentes, même à un niveau moindre.
Ainsi, en situation de danger, il peut être juste que "Vous en Moi" devienne prioritaire pour préserver l'intégrité de l'organisme. Cela ne signifie pas que "Toi et Moi" ou "Moi dans des Nous" cessent d'exister ; leur accessibilité peut simplement être réduite momentanément.
À l'inverse, une situation nécessitant une coopération collective peut conduire à renforcer "Moi dans des Nous", sans que cela justifie de négliger durablement les autres dimensions.
Le « pondéré » ne désigne donc pas une mesure mathématique fixe.
Il désigne une régulation dynamique des attentions, des ressources et des actions en fonction de l'état du vivant et du milieu.
Les quatre dimensions sont toujours à considérer ensemble ; elles ne sont pas toujours à investir de la même manière.
C'est cette articulation entre ET et pondéré qui permet d'éviter deux écueils opposés : le « OU » qui conduit à choisir une dimension contre les autres, et l'égalité systématique qui transformerait l'indissociabilité en simple partage des ressources.
2. La régulation du « comment/quoi » : un changement de paradigme
Le monde d'aujourd'hui est particulièrement focalisé sur le "Quoi" et le "Faire", dans toutes les sphères de vie. Cette focalisation conduit souvent à une dilution progressive de l'attention de trois de ces quatre dimensions.
Prenons l'exemple d'une personne au travail dans son organisation :
- focalisation de l'organisation sur ces objectifs, et focalisation de la personne sur les objectifs qui lui sont assignés, combinée avec son implication sur la valeur que le projet et ses bénéficiaires représentent
- l'attention aux personnes avec qui le personne interagit et les moyens adaptés pour communiquer ne sont pas toujours pensés
- l'attention aux aspirations personnelles peut devenir assez secondaire voire inexistante, à la fois par l'organisation et par la personne elle-même
- l'attention à la santé au travail peut se trouver comme parent pauvre aux deux niveaux évoqués.
La Bienveillance VRÉ propose un changement de paradigme déjà par un rééquilibrage de l'attention : porter attention conjointement au "quoi" et au "comment".
Il ne s'agit pas simplement de remettre le "comment" en jeu, ni de tomber dans l'excès inverse d'une focalisation sur le "comment". Le changement de paradigme proposé ici construit une boucle de régulation cohérente avec la
spirale positive de la Bienveillance VRÉ : il faut partir du vivant : dans quel état se trouvent le milieu ET le système nerveux de l'individu.
Le point de départ se trouve ici le "comment" qui par la boucle de régulation de bienveillance permettra au "quoi" non seulement de porter la bienveillance sur les 4 dimensions, et donc de manière indissociable, mais également de rendre le milieu plus robuste.
Le changement de paradigme consiste à ne plus considérer le “comment” comme ce qui rend le “quoi” bienveillant, mais à soumettre conjointement le “comment” et le “quoi” à l’exigence de bienveillance.
En cela, cette boucle de régulation "Comment" ET pondéré "Quoi" cultive une écologie de la relation et de l'attention.
Un éclairage par la théorie polyvagale (TPV)
Développée à partir des travaux de
Stephen Porges, la théorie polyvagale (TPV) s'intéresse aux liens entre le
système nerveux autonome, les états physiologiques, le sentiment de sécurité et
notre capacité à entrer en relation avec notre environnement et avec les
autres.
Elle accorde notamment une place
importante à l'engagement social : selon l'état dans lequel se trouve
notre organisme, certaines capacités relationnelles peuvent être plus ou moins
disponibles. L'expression du visage, la prosodie, l'écoute ou encore
l'orientation vers autrui participent ainsi à cette disponibilité relationnelle.
Schématiquement, la TPV distingue trois grands régimes physiologiques :
- un état d'engagement social, associé à un sentiment de sécurité et à une disponibilité relationnelle ;
- un état de mobilisation (lutte ou fuite), activé face à un danger perçu ;
- et un état d'immobilisation, sollicité en dernier recours face à une menace vécue comme inéluctable.
Ces états ne sont pas figés : nous circulons entre eux selon notre perception, consciente ou non, de notre environnement. Aucun des deux derniers états est bon ou mauvais en soi. Ils peuvent simplement être adaptés ou non à la situation, et quand ils sont chroniques, poser des problèmes de santé physique, psychique et sociale.
La TPV propose une lecture
particulière de ces phénomènes, dont certaines bases neurophysiologiques font
aujourd'hui l'objet de débats scientifiques. Il ne s'agit donc pas ici de faire
correspondre les quatre dimensions de la bienveillance à des « états vagaux »,
mais d'explorer ce que cette grille de lecture peut apporter à la compréhension
de leur accessibilité variable selon notre état et selon le milieu dans
lequel nous évoluons.
Les quatre dimensions de la bienveillance sont indissociables, mais elles ne sont pas toujours également accessibles. Notre état physiologique et émotionnel, ainsi que la manière dont nous percevons notre environnement, peuvent modifier notre capacité à les mobiliser simultanément.
Sans réduire les quatre dimensions à des mécanismes neurophysiologiques, ce cadre permet d'émettre une hypothèse : lorsque notre organisme perçoit une menace, réelle ou anticipée, notre champ de disponibilité peut se contracter.
L'attention tend alors à se concentrer davantage sur ce qui permet de préserver notre intégrité et de retrouver de la sécurité.
Dans ce modèle à 4 dimensions, cela pourrait se traduire par :
- un investissement plus important de "Vous en Moi" : attention aux sensations corporelles, à la fatigue, à la douleur, aux tensions, aux signaux internes ou aux éléments de l'environnement susceptibles de représenter une menace.
- "Toi et Moi" peut devenir moins accessible : notre disponibilité à percevoir l'autre, à l'écouter, à prendre en compte son vécu ou à ajuster notre comportement à sa situation peut diminuer. Il ne s'agit pas nécessairement d'une disparition de l'empathie, mais d'une réduction de la disponibilité relationnelle.
- "Moi dans des Nous" peut également se contracter : lorsque les ressources sont mobilisées par la protection ou la récupération, l'attention portée au collectif, à l'appartenance, à la contribution et aux conséquences de nos actes pour le groupe peut passer au second plan.
- "Moi Je" présente une particularité, une ambivalence. La préoccupation de soi peut devenir très présente, alors même que l'accès à ce qui nous relie profondément à nous-mêmes — aspirations, valeurs, sens, choix — peut devenir moins disponible. Il peut ainsi exister un paradoxe entre être davantage centré sur soi et être moins relié à soi.
On peut donc envisager, de manière schématique :
Menace perçue → Contraction de la disponibilité → Priorité à la protection de l'organisme →
« Vous en Moi » prend davantage de place → « Toi et Moi » et « Moi dans des Nous » deviennent moins accessibles, et « Moi Je » davantage centré sur soi ET moins relié aux aspirations profondes
Cette dynamique peut aider à comprendre certains phénomènes observés dans les situations de stress chronique ou d'épuisement professionnel (burnout). Dans le burnout, par exemple, la dépersonnalisation ou le cynisme peuvent s'accompagner d'une diminution de certaines formes de disponibilité empathique pouvant conduire à de la maltraitance. Chez les professionnels de santé, cette relation entre burnout et empathie a notamment été étudiée.
Le comportement qui peut alors apparaître comme un manque de bienveillance peut donc aussi être envisagé comme le résultat d'une contraction des capacités disponibles dans la relation, sans pour autant excuser les comportements qui font du mal.
Cette lecture ouvre une perspective importante : développer la bienveillance ne consiste pas seulement à vouloir être bienveillant. Il s'agit d'abord de créer les conditions permettant aux différentes dimensions de rester accessibles lorsque le milieu devient difficile.
On passe ainsi :
- d'une conception de la bienveillance comme effort individuel
- ==> à une conception de la bienveillance comme dynamique dont le milieu doit rendre possible l'émergence et l'exercice.
Pour faire émerger ou restaurer la bienveillance sur les 4 dimensions, la priorité absolue ne consiste pas à demander des efforts relationnels ou de la créativité, ou rappeler à l'éthique ou à la morale, mais à restaurer d'abord la neuroception de sécurité.
Comment utiliser cette modélisation ?
Je vois deux grands types d'utilisation :
- Pour faire un état des lieux, une introspection, une analyse de ce sur quoi nous portons notre attention, nos soins, notre énergie, notre intérêt, ... individuellement et/ou collectivement. Individuellement, il peut être intéressant d'identifier tous les écosystèmes (tous les "Nous") d'appartenance et considérer deux aspects : ce que je reçois et ce que je donne, quantitativement et qualitativement. Un état des lieux qui peut interroger les différents niveaux de responsabilités et ensuite être aidant pour opérer des changements, un cheminement, une transition.
- Pour aider dans les prises de décisions : prennent-elles en compte les différentes dimensions et une ou plusieurs dimensions ne seraient pas sur ou sous-investies ?
Les articles de ce blog qui évoquent ces 4 dimensions
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