La bienveillance VRÉ - Vivante, Robuste et Émergente -


(1) Pourquoi le « ? » Parce que la bienveillance  nous interpelle — toujours — et se construit ensemble.

La Bienveillance VRÉ est une approche de la bienveillance qui ne relève ni de l’injonction morale ni du sacrifice de soi (bien souvent silencieux), ni sur une posture naïve ou bisounours.

Elle se veut Vivante, Robuste et Émergente.

Elle s’appuie sur une compréhension fine des dynamiques biologiques, relationnelles et collectives qui rendent la bienveillance possible, durable et régénérative.

Elle part d’un constat simple :

la bienveillance ne se décrète pas. Elle émerge lorsque les conditions du vivant sont réunies, faisant de la biologie et la neuro-physiologie un élément central de la compréhension des ressorts de la bienveillance. Cela met en évidence le rôle central de notre Système Nerveux Autonome (SNA).
Le fondement premier de la bienveillance est ainsi biosociologique.

Ce fondement premier biosociologique s’appuie sur trois repères de sécurité — classique, fragilisé et inversé — qui modulent notre capacité à recevoir, absorber ou neutraliser ce qui circule entre les êtres. Ces repères ne sont pas des traits psychologiques, mais des états du vivant en milieu social.

Entendons-nous bien

La bienveillance, 
ce n’est pas seulement être attentionné, empathique ou aidant
quand tout va bien.

Elle appelle à travailler, individuellement et collectivement,
pour créer et cultiver les conditions qui permettent de :
  • Faire face aux tensions : rester juste, régulé et responsable, quand les situations se tendent, quand ça va moins bien, quand quelque chose déraille ;
  • Faire face à l’inacceptable : prendre soin et prendre ses responsabilités, lorsque nous sommes témoins de malveillance, de négligence ou d’un déséquilibre qui met une personne ou un écosystème du vivant en difficulté.
Et cela n’est possible que si chacun se sent suffisamment en sécurité pour agir.
La bienveillance n’exige pas de se mettre en danger :
elle invite à agir à la mesure de ses capacités, avec le soutien :
  • de l’éducation, 
  • de la régulation,
  • du soutien mutuel
  • et de cadres protecteurs.
La bienveillance devient vivante, robuste et émergente
lorsqu’elle organise la sécurité qui rend l’action juste possible.

Une bienveillance Vivante ...

... parce que la bienveillance est d’abord une affaire de corps, de régulation et de relation.

Elle repose sur :
  • une écologie intérieure (biologie, SNA, besoin premier de sécurité),
  • une écologie relationnelle (attention, clarification, ajustement),
  • une écologie collective (interdépendance, coopération, protection du lien).
La bienveillance vivante n’est donc pas seulement un phénomène biologique : elle est biosociologique. Elle dépend autant de l’état du corps que du milieu social, des interactions présentes, des normes implicites et des repères de sécurité dans lesquels chacun se trouve.

Le fondement biosociologique considère que la capacité de bienveillance, d’empathie et d’ouverture ne dépend pas uniquement de l’état neurophysiologique individuel, mais de la qualité du milieu social, relationnel et institutionnel dans lequel le système nerveux évolue.


La bienveillance vivante commence par recevoir (le premier verbe du mantra de la bienveillance VRÉ) :
recevoir des signaux, des besoins, des limites, du soutien visible et invisible.

La Bienveillance Vivante s’appuie sur la théorie polyvagale, qui décrit comment notre SNA module en permanence notre capacité à entrer en lien. La bienveillance n’est pas un choix moral mais un état physiologique : elle apparaît lorsque le système vagal ventral est suffisamment régulé pour permettre la sécurité, la curiosité et la co‑présence. 
Dans cet état de sécurité et de connexion (nerf vague ventral activé), le corps devient capable de nuance, d’écoute, de coopération. La bienveillance vivante n’est donc pas d'abord un effort ou une question d'éthique, mais un phénomène neurobiologique qui se déploie quand les conditions internes sont réunies. Dans les deux autres états polyvagaux (mobilisation et immobilisation), nos liens avec nos capacités d'empathie (et de rationalité) sont amoindris voire déconnectés.

Avant d’être un geste, la bienveillance est un état régulé.

Les trois repères de sécurité biosociologique

La capacité à entrer en lien, à absorber la bienveillance ou à neutraliser les micro‑accrocs dépend du repère de sécurité dans lequel se trouve une personne :

  • Repère classique : marge d’absorption élevée, disponibilité relationnelle stable.
  • Repère fragilisé : marge réduite, sensibilité accrue aux micro‑accrocs.
  • Repère inversé : lecture inversée de la sécurité, protection prioritaire.

Ces repères ne sont pas des catégories psychologiques, mais des états dynamiques du vivant en milieu social, influencés par l’histoire, le contexte, la charge du moment et la qualité du milieu.

→ Accéder à la page dédiée : La bienveillance à travers 3 repères de sécurité biosociologique


Plus de détails sur fondement premier biosociologique de la bienveillance dans la page Fondement premier biosociologique de la Bienveillance.

Une bienveillance Robuste ...

... parce que la bienveillance qui ne sait pas se protéger et n'accepte pas les fluctuations, s’épuise.

La Bienveillance VRÉ intègre :
  • les tensions comme éléments du vivant,
  • la régulation avant l’escalade,
  • la recherche de malentendus avant l’accusation,
  • la clarification avant la rupture,
  • la protection des acteurs engagés.
La Bienveillance Robuste s’inspire des travaux d’Olivier Hamant sur la robustesse du vivant : dans la nature, la robustesse ne vient pas de la rigidité, mais de la capacité à absorber, transformer et redistribuer les tensions. 
Une structure vivante est robuste parce qu’elle accepte l’imprévu, s’adapte, se réorganise. 

De la même manière, la bienveillance robuste n’est pas la douceur permanente ni un long fleuve tranquille : c’est la capacité à rester en lien malgré les frottements, à accueillir la complexité sans s’effondrer, à laisser la relation se réajuster plutôt que se rompre. 

Elle est vivante parce qu’elle est souple, adaptative et durable.

La bienveillance vise donc la durabilité du lien, pas la douceur à tout prix.

Plus de détails sur la robustesse, la bienveillance robuste, et la robustesse de mes travaux de modélisation dans la page Bienveillance et robustesse.

Une bienveillance Émergente ...

... parce que la bienveillance est un phénomène émergent du vivant.

Elle apparaît lorsque :
  • la sécurité est suffisante,
  • la circulation est possible,
  • la transformation est respectée,
  • les limites sont honorées, 
  • et que l'on se donne le temps de la mise en lumière de l'invisible bienveillant et de son rayonnement.
La Bienveillance Émergente s’inscrit dans les sciences de la complexité, où l’émergence désigne ces phénomènes qui apparaissent lorsque les interactions sont suffisamment nombreuses, régulées et cohérentes. 
Dans un système vivant, l’émergence n’est jamais imposée : elle résulte d’un ensemble de micro‑ajustements, de signaux faibles, de rétroactions fines. 

La bienveillance suit la même logique : elle n’est pas un comportement à produire, mais un état relationnel qui se révèle lorsque les conditions de sécurité, de clarté et de circulation sont réunies. Elle n’est pas fabriquée, elle se déploie. Elle n’est pas décidée, elle apparaît. Elle n’est pas un effort, elle est un phénomène collectif du vivant.

La bienveillance se cultive plus qu’elle ne s’impose, comme un écosystème dont un des enjeux centraux est de rendre visible l'invisible.

La dynamique VRÉ en une spirale positive en 4 temps

La bienveillance VRÉ n’est pas un état intérieur ni une qualité morale : c’est une propriété du milieu, un phénomène biosociologique qui apparaît lorsque certaines conditions sont réunies.
Elle suit une dynamique en quatre temps, basées sur les 3 qualités de la bienveillance VRÉ, sous forme de spirale, qui se retrouve à toutes les échelles du vivant — du corps au collectif.

1. Vivante — accueillir le réel  

Reconnaître les états, les repères, les fragilités, les limites.
Aucune injonction. Juste la lucidité et la non‑violence du réel.

2. Robuste (sécurisation) — créer un sol stable  

Installer la clarté, la prévisibilité, la non‑intrusion, les limites explicites.
C’est la zone de sécurité biosociologique.

3. Émergente — laisser apparaître ce qui peut naître  

Quand la sécurité est réelle, nuance, curiosité, coopération et circulation deviennent possibles.
L’émergence n’est jamais un objectif : c’est une conséquence.

4. Robuste (flexibilité) — accueillir l’imprévu  

La flexibilité devient possible : ajustements, variations recevables, co‑construction, imprévus non menaçants.
On n’en sort pas : on agrandit la zone de confort.



Pourquoi la robustesse est dissociée en deux temps

Parce que notre société produit structurellement de l’instabilité, de l’imprévisibilité et de la surcharge.
Dans ces conditions, demander au vivant de « sortir de sa zone de confort » devient une injonction paradoxale.

La dynamique VRÉ affirme au contraire que la robustesse commence par reconstituer la sécurité (temps 2), avant de pouvoir accueillir l’imprévu sans se briser (temps 4).

Cette spirale n’est pas un programme de transformation, mais un métabolisme du vivant relationnel.

Elle prépare le terrain pour que les méthodes situationnelles de l’ABOR (RÉVA, AIR‑S, stratégie coopérenne) puissent exister sans surcharge, sans intrusion, sans violence.


Une boussole pour s’orienter dans la bienveillance VRÉ

La bienveillance VRÉ n’est pas un état intérieur ni une intention morale : c’est une propriété du milieu, un phénomène biosociologique qui dépend de la qualité du vivant en présence.
Mais pour qu’elle devienne praticable — dans les interactions, les collectifs, les situations sensibles — elle a besoin d’un outil d’orientation capable de rendre visibles les fluctuations du vivant et d’indiquer le geste juste.

C’est le rôle de la Boussole de la bienveillance VRÉ.

Elle fonctionne comme un thermomètre relationnel : elle permet de repérer si le vivant est en insécurité, en sécurité sensible ou en sécurité robuste, et d’ajuster le geste en conséquence.
Elle articule les besoins humains, la dynamique polyvagale, les trois qualités VRÉ (Vivante — Robuste — Émergente) et la spirale en quatre temps.




La Boussole n’est pas un modèle abstrait : c’est un outil opérationnel, utilisable dans les micro‑situations comme dans les collectifs, et qui s’appuie sur RÉVA et ABS pour devenir une pratique vivante.

Une page dédiée présente cette Boussole en détail :
ses trois zones, ses gestes associés, son lien avec la Pyramide des besoins de Maslow, la spirale VRÉ, ABS et RÉVA.

→ Accéder à la page : La Boussole de la bienveillance VRÉ

Le mantra de la Bienveillance VRÉ

Recevoir,
faire circuler, bonifier, 
protéger, contribuer et donner
là où la vie a réellement besoin de nous, 
à la juste mesure de nos forces.

Tout ce qui est reçu ne suit pas la même voie :
  • certaines choses peuvent circuler telles quelles,
  • d’autres doivent mûrir, se transformer, être bonifiées,
  • d’autres encore doivent être écartées pour préserver le vivant.
La bienveillance est un double flux, invisible et visible, qui demande discernement et régulation.
→ Accéder à la page dédiée :  Le Mantra de la Bienveillance VRÉ

Question de primauté et primautés en questions

La Bienveillance VRÉ introduit des primautés qui représentent un renversement profond : elles déplacent l’attention vers ce qui doit être considéré avant l’élan, avant l’intention, avant le geste. 

Elles montrent que la bienveillance n’est pas un réflexe généreux, mais une séquence d’ajustements où certaines questions doivent précéder les autres pour éviter la nocivité douce.

Elles sont classées par qualité de la Bienveillance VRÉ : Vivante, Robuste et Émergente.

Le tableau de synthèse ci-dessous en donne la liste :

Des primautés de la Bienveillance VRÉ

Primautés du Vivant

sur

la norme

Le fondement biosociologique (l'accès à ma bienveillance et à ta bonne réception de ma bienveillance dépend de l'état actuel de nos Systèmes Nerveux Autonomes respectifs)

avant

le fondement moral

La bienveillance à soi (comme prévention d'une approche sacrificielle et principe du vivant)

avant

la bienveillance à autrui

L’attention, la vigilance et le discernement

avant

l’élan

 

 

 

Primautés du Robuste

sur

le superficiel

La mise en sécurité et le principe de précaution

avant

l’intention de faire du bien

L’attention à la relation

avant

l’attention aux pôles de la relation

L’attention aux fluctuations

avant

toute intention relationnelle

Relier mes tensions à mes besoins

avant

de pointer une responsabilité extérieure

L’intervention sur le milieu

avant

le développement personnel

Une vision émancipatrice de la bienveillance

plutôt que

toute forme de bienveillance paternaliste/maternante/sauveur

 

 

 

Primautés de l’Émergent

sur

le forcé

Attention au “recevoir”

avant

l’intention de « donner »

L’élan d’attention

avant

le devoir de réciprocité

Le bien‑être psychologique (je me fais du bien en voulant être bienveillant-e ; je me fais du bien en ressentant de la gratitude)

avant

l’obligation morale

L’éthique et l’efficacité

avant

la morale du devoir


Le principe d'ajustement et d'appréciation de la bienveillance

Pour comprendre la bienveillance VRÉ, il est nécessaire de sortir de l’idée qu’elle serait une intention individuelle ou une qualité personnelle. 
La bienveillance n’est pas un état intérieur : c’est un phénomène du vivant relationnel.

Enoncé du Principe d'ajustement et d'appréciation de la bienveillance

Enoncé de manière fractale

L'énoncé suivant est formalisé pour s'appliquer à toutes les échelles de notre société : d'individu à individu, d'individu à collectif, de collectif à collectif, ... 

C'est un principe systémique.

« La bienveillance n’est jamais définie par l’intention de la partie qui agit ou qui pense agir bien envers autrui

Elle dépend de l’état du moment

·                 -    des parties en présence,

·                 -    de la qualité des relations qui les relient

·                 -    et du milieu dans lequel l’interaction s’inscrit. 

Elle émerge d’un ajustement réciproque et s’apprécie à l’échelle du système — qu’il s’agisse d’individus, de groupes, d’organisations ou d’écosystèmes — jamais à celle d’une partie isolée. »


Enoncé à l'échelle interpersonnelle, exprimé à la première personne du singulier

Une entrée accessible pour comprendre le principe à l’échelle du duo :

« La bienveillance n’est pas définie par mon intention de te faire du bien de mon point de vue

Elle dépend 

    -  de mon état du moment

    -  du tien

    -  de la qualité de notre relation 

    -  et de l’environnement dans lequel nous interagissons. 

Elle naît de notre ajustement réciproque et s’apprécie dans ce que notre relation peut réellement accueillir et faire émerger autour de nous, pas dans ce que je crois offrir. »



Si la bienveillance n’est pas définie par l’intention, alors elle dépend de la capacité réelle du système à recevoir un geste, une parole, une aide ou une demande. 

C’est ce que j'appelle la "recevabilité", condition première de toute bienveillance vivante.


La recevabilité : le seuil qui rend la bienveillance possible

La bienveillance VRÉ ne peut circuler que si les gestes, les paroles, les aides et les demandes sont recevables. La recevabilité n’est pas une question de bonne intention ni de politesse : c’est une propriété biosociologique du système, qui dépend de l’état du vivant (corps, SNA, repères de sécurité), de la relation, du contexte et du milieu.

Un geste n’est bienveillant que s’il peut être reçu sans intrusion, sans surcharge, sans dette relationnelle, et sans mettre en danger ni l’émetteur, ni le récepteur, ni l’environnement relationnel

C’est pourquoi la recevabilité est au cœur :
  • du mantra VRÉ (recevoir → faire circuler → protéger → contribuer),
  • de RÉVA (forme recevable, validation, ajustement),
  • de l’attitude ABS (réversibilité, non‑intrusion, lisibilité),
  • de la biodisponibilité relationnelle (ce que le système peut absorber),
  • et de la spirale VRÉ (vivant → sécurisation → émergence → flexibilité).
La recevabilité n’est pas seulement liée au « faire du bien » : elle protège aussi du « ne pas faire de mal » et rend possible le « faire face au mal » sans violence. 

Elle constitue le seuil du vivant relationnel, la condition première de toute bienveillance vraie.


Le rôle des métaphores : hêtre, forêts, archipels, fables et contes

Les métaphores du hêtre, des forêts, des archipels, ainsi que les fables et les contes, ne sont pas des ornements poétiques.
Elles jouent un rôle essentiel dans la compréhension biosociologique de la bienveillance.

Elles permettent de :

  • rendre visibles des dynamiques complexes du vivant,
  • dépsychologiser la bienveillance,
  • sortir du registre moral,
  • offrir un langage commun, accessible et transmissible,
  • relier l’individuel, le relationnel et le collectif.
Le hêtre incarne l'être humain dans sa bienveillance y compris dans sa défense ajustée dans les situations de tension voire de malveillance.
La forêt incarne le milieu.
Les archipels incarne la pluralité des territoires et des écosystèmes.
Les fables et contes incarnent la transmission symbolique.

Ces images permettent de comprendre la bienveillance comme une écologie vivante, et non comme une qualité individuelle ou un effort moral.

Le Passeur-Alchimiste de Bienveillance vraie

Au cœur de la Bienveillance VRÉ se trouve la figure du Passeur-Alchimiste.

Le Passeur-Alchimiste est celui qui :
  • reconnaît en premier lieu les dynamiques du vivant en lui-même,
  • apprend à les réguler, à les honorer et à les protéger,
  • avec humilité, joie et détermination,
  • dans ses relations à lui-même, aux autres,
  • et à ses écosystèmes d’appartenance,
  • et contribue à la circulation juste de la bienveillance.
Il n'est ni celui qui ne veut pas plus donner qu'il reçoit, ni celui qui se perd à contribuer, à aider et à donner :
il prend soin du flux et de lui-même.

Une bienveillance vraie

VRÉ se prononce “vraie”, et ce n'est ni un hasard, ni anecdotique.

Une bienveillance vraie est :
  • incarnée (vs cordonnier mal chaussé)
  • régulée (vs irrespectueuse des équilibres),
  • non naïve (vs idéalisée et cantonnée aux valeurs et aux intentions),
  • capable de durer (vs éphémère),
  • inclusive (vs exclusive avec droit à la malveillance et l'absence de bienveillance à celles et ceux qui en sont exclus)
  • capable de traverser les tensions sans se renier (vs volatile à la moindre fluctuation)

Pour qu’une bienveillance soit vraie, elle doit pouvoir arriver à destination

Si la bienveillance veut être vraie, incarnée et durable, elle doit pouvoir arriver à destination, y compris lorsque les repères de sécurité sont bousculés ou inversés. Une bienveillance vraie ne peut pas se limiter aux situations faciles : elle doit pouvoir circuler dans des milieux relationnels variés, parfois instables, parfois sensibles, parfois chargés.

Or, pour qu’un geste bienveillant atteigne réellement l’autre — sans pression, sans malentendu, sans coût relationnel — il ne suffit pas d’avoir une intention juste.
Il faut une forme juste, une posture ajustée, une écologie du geste capable de respecter les repères biosociologiques du vivant.

C’est précisément ce que propose ABS (Attitude Bienveillante Sécurisante) : une manière radicalement nouvelle d’aborder l’interaction, non pas à partir de ce que l’on veut donner, mais à partir de ce que l’autre peut réellement recevoir.

ABS : une rupture radicale dans l’approche de l’interaction

ABS représente une rupture profonde avec les approches habituelles de l’aide, de la communication ou de la relation. Là où la plupart des modèles se centrent sur l’intention du donneur de bienveillance, ABS place au centre la sécurité relationnelle du destinataire de l'interaction et investit l'enjeu de la recevabilité.

Cette rupture se manifeste par plusieurs déplacements majeurs :
  • Le geste n’est pas défini par l’intention du donneur, mais par la capacité du receveur à le recevoir.
  • Le repère de sécurité du receveur devient la référence, et non la bonne intention de la personne à l'initiative de l'interaction.
  • L'acceptation devient une condition éthique : un geste n’est juste que s’il peut être refusé sans coût relationnel.
  • La pression implicite est rendue visible (posture, tonalité, contexte, normes, histoire).
  • La bienveillance envers soi-même est intégrée comme condition de la justesse du geste.
  • ABS n’est pas une technique, mais une écologie de l’interaction.
En ce sens, ABS est l’un des ponts essentiels entre la Bienveillance VRÉ et les gestes concrets du quotidien.


D'autres modèles de l’archipel basés sur VRÉ et ABS : ABOR, RÉVA, AIR‑S et la stratégie coopérenne

Autour d’ABS, plusieurs modèles complémentaires permettent de traduire la Bienveillance VRÉ dans des pratiques relationnelles ajustées.
Ils ne dérivent pas de VRÉ et VRÉ ne dérive pas d’eux : ils forment un archipel cohérent, chacun éclairant une dimension spécifique de la relation.

Tous intègrent l’attitude ABS comme socle de sécurité relationnelle.

ABOR — Approche Bienveillante Ouvertement Relationnelle

→ Une écologie de la relation fondée sur l’attention.  
ABOR décrit la manière d’être en relation lorsque l’on reçoit : disponibilité, attention, ouverture, lisibilité.


RÉVA — Repérer les besoins réels, Élaborer une forme recevable, Valider la réception et le consentement, Ajuster

→ L’art de la contribution relationnelle recevable.  
RÉVA structure le geste juste : il permet de contribuer sans imposer, de clarifier sans presser, d’ajuster sans surcharger.


AIR‑S — Accueil, Intention d’investiguer, Reconnaissance, Suites

→ Une méthode pour faire face à une critique.  
AIR‑S offre un cadre pour accueillir une tension, comprendre ce qui est en jeu, reconnaître ce qui doit l’être, et décider des suites.

Stratégie coopérenne

→ Pour assurer des coopérations gagnant‑gagnant qui soient pérennes et robustes.  
Elle explore comment organiser des dynamiques collectives qui respectent les limites du vivant et la soutenabilité des relations.

Ensemble, ces modèles prolongent la Bienveillance VRÉ

Ils permettent de traduire :
  • la bienveillance vivante en ajustements relationnels,
  • la bienveillance robuste en cadres protecteurs et en capacité de faire face de manière bienveillante aux tensions,
  • la bienveillance émergente en dynamiques collectives capables de durer.
Et ils le font en s’appuyant sur un même socle :
l’attitude ABS, qui garantit que la bienveillance puisse réellement circuler, être reçue, et ne pas mettre en danger aucune des parties prenantes engagées dans des relations.

La Bienveillance VRÉ n’est ni une posture morale ni une faiblesse :
c’est une intelligence du vivant appliquée à nos relations aux vivants à toutes les échelles de notre société, en partant de la relation à soi-même.

La Bienveillance VRÉ : Et si l'incertitude était sa plus grande force ?

Historiquement, la bienveillance a été vendue comme une certitude morale. Un "devoir" stable, prévisible, presque rigide.

Le modèle VRÉ (Vivant, Robuste, Émergent) propose un basculement : la bienveillance n'est pas une réponse, c'est une question continue.

1. L'incertitude du Vivant (V)

Le vivant ne stagne jamais. Il fluctue. Accepter l'incertitude du vivant, c'est accepter que ce qui était "bienveillant" hier (un mot, un geste, un cadre) peut être intrusif ou insuffisant aujourd'hui, voire dans 5 minutes.

Exemple de question associée : "Où en est le vivant, là, tout de suite ?"

2. La Robustesse face à l'Inconnu (R)

La robustesse ne consiste pas à tout contrôler, mais à construire un cadre capable de supporter l'imprévisible. La vraie robustesse accepte deux niveaux d'incertitude :

  • L'incertitude interne : Accueillir nos propres baisses de régime sans nous juger.
  • L'incertitude externe : Accepter que nos élans de bienveillance puissent être incertains en terme d'impact, accepter de tâtonner, de réussir partiellement, d'échouer - sans en rendre autrui responsable -, de produire des dommages collatéraux inattendus malgré les prises de précaution, être mal reçu ou rester sans effet.
Exemple de question associée : "Le cadre est-il assez solide pour que l'échec du geste ne brise pas le lien ?"

3. L'Émergence du "Nous" (É)

Si tout était certain, rien ne pourrait émerger. L'émergence est, par définition, ce qui surgi sans avoir été forcément prévu ou à un moment non prévu. C'est la surprise d'une rencontre réussie, d'un silence apaisant ou d'une solution neuve.

Exemples de question associée 
  • "Qu'est-ce qui cherche à naître entre nous ?"
  • "Mon émotion forte du moment ne pourrait-elle pas devenir transformatrice ?"








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