Principe d'ajustement et d'appréciation de la Bienveillance VRÉ

La bienveillance est souvent pensée comme une intention ou une qualité personnelle. 

Avec la Bienveillance VRÉ, elle relève d’un tout autre régime : celui du vivant, des relations et des milieux

Elle n’est jamais un geste isolé, ni une vertu individuelle, mais une émergence systémique qui dépend des états du moment, des liens en jeu et du contexte dans lequel l’interaction se déploie.

Cette page expose le Principe d'ajustement et d'appréciation de la bienveillance VRÉ et rassemble les corollaires et les leviers qui découlent de ce principe fondateur de la bienveillance VRÉ

Elle éclaire ce que ce principe implique concrètement à l’échelle d’un duo, d’un groupe, d’une organisation ou d’un écosystème, et met en lumière les dynamiques qui permettent à la bienveillance de circuler, de se transformer et de devenir soutenable.

On y trouve des déclinaisons interpersonnelles, des conséquences naturelles du principe, ainsi que les leviers — humilité, curiosité, discernement, empathie — qui soutiennent l’ajustement vivant. Le mantra VRÉ vient enfin offrir une grammaire simple et robuste pour accompagner ces mouvements.

Deux exemples sont aussi proposés : le premier au niveau individuel et le deuxième au niveau collectif.

Enoncé du Principe systémique d'ajustement et d'appréciation de la bienveillance

Enoncé de manière fractale

L'énoncé suivant est formalisé pour s'appliquer à toutes les échelles de notre société : d'individu à individu, d'individu à collectif, de collectif à collectif, ...

« La bienveillance n’est jamais définie par l’intention de la partie qui agit ou qui pense agir bien envers autrui

Elle dépend de l’état du moment

·                 -    des parties en présence,

·                 -    de la qualité des relations qui les relient

·                 -    et du milieu dans lequel l’interaction s’inscrit. 

Elle émerge d’un ajustement réciproque et s’apprécie à l’échelle du système — qu’il s’agisse d’individus, de groupes, d’organisations ou d’écosystèmes — jamais à celle d’une partie isolée. »


Enoncé à l'échelle interpersonnelle, exprimé à la première personne du singulier

Une entrée accessible pour comprendre le principe à l’échelle du duo :

« La bienveillance n’est pas définie par mon intention de te faire du bien de mon point de vue

Elle dépend 

    -  de mon état du moment

    -  du tien

    -  de la qualité de notre relation 

    -  et de l’environnement dans lequel nous interagissons. 

Elle naît de notre ajustement réciproque et s’apprécie dans ce que notre relation peut réellement accueillir et faire émerger autour de nouspas dans ce que je crois offrir. »


Cette version rend le principe immédiatement compréhensible dans une interaction d’aide, une conversation difficile, un geste de soutien ou une situation de tension.

Corollaires du principe

Ce que ce principe implique à toutes les échelles du vivant

Ces corollaires ne sont pas des règles : ce sont des conséquences naturelles de ce principe fondateur. 

Ils permettent de comprendre pourquoi la bienveillance ne peut jamais être réduite à une intention ou à une posture individuelle.

Une bonne intention ne garantit jamais un geste bienveillant.  

Logique : L’intention est un point de départ, jamais un critère d’évaluation.

Impact : Comme l'intention de suffit pas, la recevabilité du geste devient un enjeu pour l'émetteur en amont et pendant le geste.


Moins de bienveillance projetée permet souvent plus de bienveillance vécue.

Logique : En cessant de vouloir "faire le bien" à tout prix, on libère de l'espace pour observer les besoins réels et ce que l'on peut réellement apporter sans se sacrifier.

Impact : On évite la saturation du système nerveux de l'autre. Le silence ou l'abstention deviennent des actes de bienveillance active s'ils sont le fruit d'un ajustement à la fatigue de l'autre.


La bienveillance peut être irrecevable même si elle est sincère.  

Logique : Le système peut être saturé, fragilisé ou indisponible.

Impact : La bonne intention de l'émetteur ne suffisant pas, cela lui permet le cas échéant d'abandonner sereinement son intention si le terrain ne s'y prête pas.


Ma propre insécurité rend ma bienveillance potentiellement toxique.

Logique : Si je ne suis pas ajusté à mon propre état (faim, fatigue, peur, tension), le signal que j'envoie est ambivalent. L'autre percevra mon stress sous-jacent, créant une dissonance cognitive.

Impact : L'attention à soi-même et sa propre mise en sécurité devient la double condition sine qua non pour être bienveillant envers l'autre. L'inconscience ou le sacrifice de son propre état pour "aider" est un contre-sens biologique et porte le risque d'un geste contre-productif.


La relation peut ne pas pouvoir accueillir un geste, même juste.  

Logique : La charge, l’histoire, la confiance, la lisibilité influencent la recevabilité.

Impact : Cela invite l'émetteur à contextualiser son intention et à valider la pertinence de son geste.


Un 'non' ou une absence de réaction n'est pas un désaveu de l'intention, mais un signal métabolique.

Logique : Si la bienveillance dépend de l'état du moment et de l'environnement, le refus de l'autre signifie simplement que le système n'est pas en mesure d'absorber l'offre ici et maintenant.

Impact : Cela libère l'émetteur d'un sentiment d'incompréhension, voire de vexation et le receveur de la culpabilité ou d'une réaction épidermique d'irritation puisqu'il se donne le droit d'exprimer son refus, et de manière tranquille. La relation reste intacte car l'échec est systémique, pas personnel.


La bienveillance produit des effets systémiques, pas seulement bilatéraux.  

Logique : Un geste peut soulager une partie prenante, faire du bien aux deux parties prenantes concernées mais mettre en tension d'autres, voire produire des effets délétères sur eux (dommages collatéraux).

Impact : Cela invite l'émetteur à considérer avec le bénéficiaire les possibles impacts sur les entourages respectifs et le milieu. Une attention portée en amont du geste, pendant le geste et en aval.


Le destinataire est co-auteur de la bienveillance qu'il reçoit. La bienveillance nécessite un ajustement réciproque.  

Logique : Elle n’est jamais un geste unilatéral : elle se co‑produit. Puisque la bienveillance naît de l'ajustement réciproque, le retour (feedback) du destinataire est le matériau de construction de l'acte

Impact : On sort de l'asymétrie "Sauveur / Victime". Le destinataire redevient acteur en signalant ses limites et ses besoins, permettant à l'ajustement de se produire.


La bienveillance s’apprécie dans ce que le système peut accueillir.  

Logique : C’est la logique de la recevabilité : ce qui compte, c’est la capacité d’absorption.

Impact : Cela invite à considérer le geste dans une logique gagnant-gagnant, avec 3 enjeux : le non sacrifice de l'émetteur, l'effet positif sur le bénéficiaire et son bon accueil, et l'absence de dommages collatéraux.

Ces corollaires permettent de comprendre pourquoi la bienveillance VRÉ est une écologie, pas une vertu.

Synthèse : La Bienveillance comme "Homéostasie Relationnelle"

Sans le principe

Avec le principe et ses corollaires

La bienveillance est une performance.

La bienveillance est une régulation.

Elle vise le résultat (soulager l'autre) au détriment de la manière (le Comment).

Elle vise la justesse (s'accorder à l'autre).

Elle est souvent asymétrique (sauveur/victime)

Elle relève d’une responsabilité partagée

Elle peut s'épuiser dans le sacrifice.

Elle s’ajuste et régénère dans l'écologie.

Elle est prédictible (je sais ce qui est bon).

Elle est émergente (nous découvrons ce qui est bon).

Elle est focalisée sur le destinataire

Elle est écosystémique (intégration du milieu pour penser le geste, son ajustement et son appréciation)

Elle risque d'être aveugle

Elle est clairvoyante

Leviers de la bienveillance vivante

Quatre leviers centraux indissociables soutiennent l’ajustement Ces leviers ne “produisent” pas la bienveillance.

Ils augmentent la capacité du système à la faire émerger.

1. Humilité

L’humilité neutralise l’illusion de maîtrise et du sachant de ce que le bénéficiaire du geste a besoin.

Elle permet de reconnaître au niveau de l'émetteur du geste bienveillant :

  • mon intention ne suffit pas,
  • il est important que je m'intéresse à ce que l’autre peut accueillir,
  • la relation a ses limites,
  • j'ai moi-même mes propres limites,
  • le bénéficiaire aussi,
  • le milieu a ses contraintes.

Elle ouvre la porte à la recevabilité.

2. Curiosité

La curiosité, associée à l'humilité et à l'empathie, ouvre l’espace d’ajustement.

Elle permet de :

  • percevoir l’état du moment dans les 3 directions : moi, le bénéficiaire et le milieu,
  • écouter les signaux faibles,
  • explorer ce qui est possible ou non,
  • rester en mouvement plutôt qu’en certitude.

Elle est la dynamique vivante de le bienveillance VRÉ.

3. Empathie

L’empathie permet de percevoir l’autre sans se perdre.

Elle n’est ni fusion, ni projection, ni interprétation.

Elle est :

  • écoute, demande de clarification,
  • perception,
  • reconnaissance de l’altérité,
  • ajustement relationnel.

Elle nourrit la nuance et la co‑régulation.

4. Discernement

Le discernement permet de choisir la forme juste.

Il articule :

  • l’intention,
  • la forme,
  • le moment,
  • l’intensité,
  • la recevabilité,
  • la réversibilité.

C’est le cœur de l'Attitude Bienveillance Sécurisante - ABS.

Le mantra de la bienveillance VRÉ comme métabolisme de la bienveillance

Recevoir → Faire circuler → Bonifier → Protéger → Contribuer → Donner

Le mantra de la bienveillance VRÉ n’est pas une méthode.

C’est un métabolisme du vivant qui permet à la bienveillance d’émerger sans violence.

  • Recevoir : percevoir l’état du moment.
  • Faire circuler : ne pas figer, ne pas retenir.
  • Bonifier : transformer ce qui est reçu en quelque chose de plus vivable.
  • Protéger : poser les limites nécessaires.
  • Contribuer : offrir ce qui est juste.
  • Donner : laisser circuler ce qui peut l’être.

Le mantra est le levier transversal qui articule humilité, curiosité, empathie et discernement.

Deux exemples d'application du principe

Exemple individuel

Sans le principe

Tu me dis au téléphone que tu es fatigué(e), alors je décide de te préparer un repas pour te faire plaisir. Dans mon esprit, c’est évidemment un geste bienveillant : ça va te faire du bien, et j’y mets du cœur.

Mais quand tu arrives, tu me dis que ta seule envie est d’aller te coucher, et tu files directement dans la chambre.

Je me sens blessé(e), agressé(e), et complètement vidé(e) — parce qu’en réalité, moi aussi j’étais très fatigué(e), peut‑être même plus que toi si on y réfléchit bien.

Avec le principe

Tu me dis au téléphone que tu es fatigué(e), et je me demande d’abord si tu as l’espace pour recevoir quelque chose de moi. Je prends en compte mon état du moment, le tien, la qualité de notre relation et le contexte.

Je te propose un repas, mais je reste attentif(ve) à ta réaction — même à distance, sans voir ta gestuelle. Peut‑être que tu n’as pas faim, que tu veux être seul(e), ou que tu préfères autre chose.

La bienveillance naît alors de notre ajustement réciproque et de ce que notre relation peut réellement accueillir, pas de ce que je crois t’offrir.

Exemple au niveau collectif

Sans le principe (vision organisationnelle centrée sur l’intention)

Une direction décide d’offrir un programme de bien‑être à ses équipes pour « prendre soin » d’elles. 

Elle est convaincue d’agir de manière bienveillante : l’intention est positive, les moyens sont importants, et le geste lui semble aller de soi.

Pourtant, une partie des salariés réagit en disant que la direction fait du cosmétique. Leurs vraies demandes portent sur les conditions de travail, la charge quotidienne et des objectifs devenus insoutenables. Le décalage entre l’intention affichée et la réalité vécue crée de la frustration, voire de la défiance (sentiment que la direction essaye de noyer le poisson)

Avec le principe (vision systémique, centrée sur l’écologie du geste)

Une direction souhaite soutenir ses équipes et commence par explorer l’état du moment : charge réelle, climat relationnel, contraintes du milieu, besoins exprimés ou non. 

Elle vérifie la recevabilité du geste avant de le poser. 

Elle co‑construit un ensemble de dispositifs au cœur et à la périphérie du travail, ajustés, réversibles, et attentifs aux effets sur l’ensemble du système — y compris sur les clients, les fournisseurs, les partenaires et le voisinage. 

La bienveillance s’apprécie alors dans ce que l’organisation peut réellement accueillir et faire émerger, pas dans l’intention initiale de « faire du bien ».

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