Le Cocon [de la bienveillance]

 

Cocon de la bienveillance

Dernière mise à jour : 15/12/2025, édition 1.5 du Cocon

Cette page est dédiée à un outil pratique favorisant l'accès à un cheminement vers plus de bienveillance pour un ensemble de personnes qui se réunissent, au sein d'un groupe déjà constitué ou non. Je l'ai conçu dans un premier temps pour faciliter le développement de la bienveillance lors de réunions, de rencontres entre plusieurs personnes, dans un même lieu physique ou à distance. Il s'agit du "Cocon" ou "Cocon de la bienveillance".

"Le cocon de la bienveillance ne vise pas à produire des comportements bienveillants à tout prix, mais à créer les conditions biologiques dans lesquelles ils peuvent émerger plus facilement."

Pour éviter que cette page soit trop volumineuse, je renvoie sur des articles de ce même site qui présentent tel ou tel aspect.

Cet outil est disponible en version pdf et en version source powerpoint. Licence Creative Commons BY-SA

Pourquoi avoir créé cet outil au départ ?

Deux raisons principales m'ont poussé à m'intéresser à la bienveillance depuis 2011 dans le monde du travail en tant que spécialiste de la Qualité de Vie au Travail, puis plus profondément depuis 2019 avec l'idée d'une Société et des Territoires de la Bienveillance : le peu de consistance du mot et de l'enjeu de bienveillance dans le monde du travail, et particulièrement l'usage du mot dans deux outils de cadrage : 

  • dans les valeurs, raison d'être, charte des organisations, où bien souvent il s'agit d'un affichage qui ne se traduit pas dans les pratiques, relativement en externe et très peu en interne ;
  • dans les réunions où l'on fixe en préambule un cadre de sécurité ou cadre de confiance ou tout autre terme approchant. Cadre dans lequel le mot "bienveillance" est presque systématiquement utilisé. Bien souvent, j'ai pu constater que l'on en ne définit pas les contours, les enjeux, les pratiques concrètes, et que la bienveillance ne s'avère pas vraiment au rendez-vous voire avec avec des accrocs plus ou moins importants par rapport à la conception que j'en ai.
Cet outil vise à répondre en première intention au 2ème point, à savoir : la culture de la bienveillance dans le cadre d'une réunion.

Le Cocon de la bienveillance : un impératif biologique de sécurité

Le Cocon de la bienveillance n'est pas un concept abstrait, mais un dispositif concret de mise en sécurité qui trouve son fondement dans la biologie humaine, notamment la Théorie Polyvagale. Il est le point de départ, la Racine même, du Hêtre de la Bienveillance, dans la Forêt.

1. La Sécurité : l'enjeu premier du nerf vague ventral


"Le Cocon est le socle de sécurité
qui permet à la bienveillance d'être émise et reçue.
"

La fonction première du Cocon est de créer un espace où le Système Nerveux Autonome (SNA) se sent suffisamment en sécurité pour désactiver ses mécanismes de défense (immobilisation ou mobilisation) :
  • Le Cocon active le nerf vague ventral : seul un environnement perçu comme stable et fiable permet au vague ventral de s'activer. Cette activation est la condition sine qua non pour que notre cerveau social puisse s'ouvrir à l'empathie, la rationalité, l'éthique et activer une bonne dynamique d'écoute, de co-régulation et de transformation de la relation et du groupe (relation transformatrice).
  • Lien avec le Hêtre (Fondement Biologique - Racines) : le Cocon est la matérialisation de l'idée que la Bienveillance est une compétence liée à l'état du moment, qui se joue à l'émission et à la réception d'une interaction. Nous ne pouvons émettre ou recevoir de la bienveillance que si nous sommes déjà dans l'état de sécurité conféré par le Cocon. Sans Cocon ou dispositif équivalent, l'« accroc de bienveillance » n'est pas un défaut de l'individu, mais une réaction biologique de désactivation que le groupe n'a pas su considérer comme enjeu de construction de la santé physique, psychique et sociale et de prévention des tensions et des conflits.
Le Cocon de la Bienveillance est un dispositif vivant de sécurité.
Il ne repose pas d’abord sur des intentions, des valeurs ou des règles morales, mais sur la création de conditions biologiques et relationnelles permettant au système nerveux de sortir des états de protection pour s’ouvrir à la coopération, à l’écoute et à l’ajustement.

Dans une lecture inspirée de la théorie polyvagale, le SNA ne cesse d’évaluer, de manière largement inconsciente et automatique, si la situation est sûre ou menaçante. Cette évaluation — appelée neuroception — s’effectue simultanément sur trois dimensions indissociables :
  • Sécurité intérieure.
  • Sécurité de l’environnement.
  • Sécurité relationnelle.
Lorsque les signaux de sécurité dominent dans ces trois dimensions — intérieure, environnementale et relationnelle — la porte neurophysiologique peut s’ouvrir.
Le SNA accède alors à des états favorables à l’engagement social, à l’empathie, au discernement et à la coopération.

La bienveillance devient alors biologiquement accessible, non comme un effort ou un sacrifice, mais comme une expression naturelle du vivant en sécurité.

Je vous propose des précisions sur ces 3 dimensions pour considérer des points d'attention pour la préparation et le déroulé d'une réunion, articulant responsabilités individuelles (organisateur-trice, participant-e) et responsabilité collective :

Sécurité intérieure

Elle concerne l’état du corps et du monde intérieur.

Fatigue, faim, douleur, surcharge émotionnelle, stress chronique, maladie apparente ou non, ou agitation interne peuvent suffire à maintenir l’organisme en vigilance ou en protection.
Un corps épuisé ou débordé se protège avant de pouvoir s’ouvrir.

Le Cocon de la Bienveillance reconnaît cette réalité et invite à respecter les besoins fondamentaux du vivant, à prendre soin des rythmes, à soutenir la régulation et à offrir le droit de ralentir, de se retirer ou de demander du soutien.

Sécurité de l’environnement

Elle concerne le cadre matériel et organisationnel.

Bruit, lumière agressive, imprévisibilité, pression temporelle, surcharge d’informations, absence de repères clairs ou sentiment d’urgence chronique sont autant de signaux que le SNA peut interpréter comme des menaces.

Le cocon agit ici en posant un cadre lisible, des règles simples, des rythmes soutenables et des espaces qui permettent l’apaisement, la présence et la concentration, en tenant compte des impacts de changement d'habitudes qui peuvent déstabiliser certains.

Sécurité relationnelle

Elle concerne la qualité du lien.

Le SNA est extrêmement sensible au ton de voix, aux regards, aux postures, à la cohérence entre les paroles et les actes, ainsi qu’au respect des limites, et notamment la proximité physique.
Jugement, ironie, humiliation, agressivité ou indifférence ferment rapidement l’accès à la bienveillance.

Le cocon favorise une relation fondée sur la douceur et la fermeté, l’écoute, la reconnaissance, le droit à l’erreur et la prévention des tensions avant qu’elles ne s’enflamment en conflits.

"Le cocon s’oppose à toute injonction à la bienveillance déconnectée des réalités corporelles, émotionnelles, environnementales et relationnelles."

2. Auto-régulation et co-régulation : deux dynamiques indissociables

La régulation du SNA ne repose ni exclusivement sur l’individu, ni exclusivement sur le collectif.
Elle émerge de l’articulation permanente entre auto-régulation et co-régulation.

L’auto-régulation désigne la capacité de chacun à reconnaître son état intérieur, à ajuster son rythme, à respirer, à se mettre en mouvement ou à s’apaiser. Elle s’appuie sur l’écoute du corps, l’expérience et la connaissance de soi.

La co-régulation - un des principes fondamentaux de la Théorie Polyvagale - désigne la manière dont nos SNA se synchronisent et s’influencent mutuellement. Présence attentive, regard, ton de voix, posture, soutien, mais aussi cadre et règles partagées, contribuent à apaiser ou à activer le SNA d’autrui — souvent sans mots.

Le Cocon de la Bienveillance crée les conditions dans lesquelles ces deux dynamiques peuvent se soutenir mutuellement.
Il ne demande pas aux individus de se réguler seuls dans un environnement éventuellement hostile, ni au collectif de porter toute la charge de la régulation.
Il reconnaît que le vivant se régule ensemble, et que la sécurité se construit dans l’interaction.

Lorsque l’environnement est suffisamment sécurisant, la co-régulation devient possible, soutenant progressivement l’auto-régulation.
Et plus l’auto-régulation se renforce, plus la contribution de chacun à la co-régulation devient juste et ajusté, en un cercle vertueux et transformateur.

"La bienveillance ne repose ni sur l’auto-contrôle solitaire, ni sur la fusion collective, mais sur une danse vivante faite d'improvisation et de technicité entre auto-régulation et co-régulation."

3. Le Cocon, cadre de la fermeté éthique

Une fois la sécurité biologique établie, le Cocon devient le cadre qui permet de vivre sereinement le fondement éthique du Hêtre de la Bienveillance (Tronc) :
  • Relier Douceur ET Fermeté : C'est à l'intérieur de ce cadre sécurisé que nous pouvons appliquer si nécessaire la règle d'or de la confrontation : Douceur ET Fermeté. La Douceur ouvre la porte (le cœur, l'écoute), mais la fermeté est le Cocon lui-même, la limite infranchissable qui protège la relation. Ce "ET" relève du "ET pondéré bien ordonné" comme expliqué dans la page Le "ET pondéré" pour remplacer le "grand méchant OU"
  • Il permet le courage éthique : Savoir que le Cocon existe et qu'il est solide permet de faire face au non-respect du cadre, voire à l'inacceptable avec la détermination requise, car l'action est portée par la structure, non par la colère réactive.

4. Le Cocon, levain de la dynamique collective

Le Cocon n'est pas seulement individuel, il est fondamentalement relationnel et systémique. Le lien avec le Hêtre est le Fondement des Dynamiques - Fruits.

"Le cocon est ce qui évite à l’individu de porter seul la charge de sa régulation"

Le Cocon est le soin que l'on apporte à l'interdépendance. Il permet de vivre pleinement la propagation écologique : prendre soin de la sécurité du Soi et de l'Autre pour prendre soin, voire soigner le Nous. L'énergie (joie, temps) investie dans la construction et le maintien du Cocon est celle qui se diffuse pour la transformation et le rayonnement au delà de la sphère de vie concernée (travail, engagement associatif, politique, ...) et du groupe.

"Le Cocon de la Bienveillance est la culture de sécurité qui nous donne le droit d'être en conscience et en présence bienveillance, avant d'avoir le devoir et la pertinence d'agir dans la bienveillance."
Un point de vigilance pour une juste compréhension : Le cocon n’est ni un enfermement, ni une bulle de confort permanent. C'est un espace de sécurité transitoire permettant l’ouverture, la maturation et l’autonomie.

Voici ci-dessous la page qui évoque les enjeux neurophysiologique dans le document de présentation :



Pourquoi l'idée de cocon ?

Le mot "cocon" a une première caractéristique : il est visuel. Il visualise plusieurs aspects qui m'ont semblé pertinents : 
  • Un lieu et une atmosphère où l’on est protégé des turbulences extérieures, non seulement on s'y sent en sécurité, mais aussi on s'y sent bien, respecté, écouté, choyé, stimulé, valorisé, ...  
  • Un lieu et une temporalité de métamorphose. Dans sa promotion de l'idée d'hybridation dans notre société, Gabrielle Halpern, philosophe contemporaine, évoque un enjeu important dans les interactions, dans les rencontres entre humains : s'ouvrir à des rencontres de métamorphose mutuelle. Le mot "métamorphose" au sens littéral représentant une transformation totale d'un être vivant qui à l'issue de la métamorphose a changé de nature, de constituants et n'est pas reconnaissable, je préfère utilisé une terminologie moins radicale (et moins ambitieuse ?) : une rencontre transformatrice mutuelle 
  • Le cocon se tisse, et donc le mieux est de pouvoir le coconstruire. A défaut, celui proposé ici mérite a minima de faire l’objet d’un accord, éventuellement après adaptation

Un visuel comme guide adaptable

J'ai conçu un visuel type rédigé à la première personne du singulier pour lister un certain nombre de points qui me semblent déterminants pour cheminer vers plus de bienveillance.

Il comporte plusieurs parties :

  • Les caractéristiques du cocon : bienveillant, appréciatif, soutenant, stimulant et transformateur
  • Un spectre des enjeux de bienveillance pendant la réunion : ne pas faire du mal, puis faire du bien, jusqu'à la capacité à être actif pour faire face aux accrocs de bienveillance.
  • Les cibles de la bienveillance : soi-même, chaque autre participant, le collectif, les absents et les écosystèmes d'appartenance, avec un schéma à base des flèches pour symboliser la conjonction de ces objets et sujets d'attention.
  • 6 pavés à la première personne du singulier : le respect, la présence, l'écoute, l'expression, la co-responsabilité et la valorisation
  • Une invitation à se fabriquer ensemble de bons souvenirs (cf article "Fabriquons-nous de bons souvenirs !") que je lance très régulièrement dans les réunions que j'anime.

Précision importante : Ce visuel n'est pas LE visuel qui serait/devrait être utilisé comme support pour toute réunion ou toute personne qui déciderait de se saisir de cette idée de cocon de bienveillance pour une réunion. Chaque personne qui préparait une réunion, chaque ensemble de personnes dans une réunion peut y trouver une source d'inspiration et adapter ou repartir à partir de zéro, à la fois sur le fond ou sur la forme. Le visuel est mis à disposition au format powerpoint pour être adapté le cas échéant.



Quels enjeux pour le cocon de la bienveillance ?

Voici l'image d'un texte explicatif associé au visuel qui évoque un certain nombre d'enjeux.





Je consacre un premier article spécifique au sujet de ces enjeux : Les enjeux pour le cocon de la bienveillance - Partie 1.

Accordons-nous bien pour désamorcer les réactions urticantes !

Etant bien conscient que le mot "bienveillance" peut susciter des réactions urticantes que j'ai pu constater par mon expérience et aussi à travers ce que j'ai pu lire aussi des quelques articles, j'ai trouvé important de me donner les moyens d'essayer de les désamorcer le plus en amont possible.

C'est la raison pour laquelle, je joins en annexe au visuel une page pour donner quelques arguments pour réhabiliter la bienveillance et aussi pour essayer de lever d'autres questionnements voire inquiétudes qui pourraient surgir à l'énoncé de éléments guidant du cocon.




Le cocon : de quoi tirer des fils

Comme exprimé dans la partie de présentation du visuel, le cocon ne se veut pas comme un outil, un document figé, une infographie avec les X choses à faire, à suivre, ...

Voici quelques façons possible de le saisir qui me sont venues en tête, sachant que cela n'a rien d'exhaustif. Je les exprime à la première personne du singulier de la lectrice ou du lecteur de cette page :
  • "Le mot "cocon", ça peut être une façon de visualiser ce que je propose déjà pour le cadre de sécurité (ou de confiance). Je vais essayer d'utiliser le mot la prochaine fois et voir si ça parle"
  • "La fabrique à bons souvenirs, ... pas mal !"
  • "Je comprends l'enjeu de la bienveillance. Il y a des idées qui peuvent nous être utiles, des fils à tirer. Concernant le mot "cocon", ça me fait penser à "cocooning" et ça ne me parle pas."
  •  "Je suis plutôt en phase avec le fond et la forme. Je vais envoyer ça aux participants, et je les ferai réagir en début de réunion".
  • "La bienveillance en réunion, vu sous cet angle là, ça me semble pertinent de s'y intéresser".
J'entends bien que la typologie de la réunion, le nombre de participants, le lieu, la durée, l'éventuelle récurrence, l'éventuel historique entre les participants, leurs traits de personnalité, leur culture de la coopération, de la bienveillance, de la confiance, de la non-violence, ... font que le cocon mérite d'être saisi de manière très diverse et dans une logique de cheminement et d'expérimentation.










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