Fondement premier biosociologique de la bienveillance


La bienveillance VRÉ naît d’un milieu, pas d’un dépassement

La bienveillance n’est pas un état intérieur à atteindre, ni une performance relationnelle. Elle ne relève pas de l’effort, du dépassement ou de la maîtrise de soi. Elle relève d’une robustesse du vivant, une capacité à rester ouvert, lisible et disponible lorsque le milieu le permet. 

La Bienveillance VRÉ - Vivante, Robuste et Émergente - dans sa dimension robuste fait écho aux travaux d’Olivier Hamant sur la robustesse du vivant

dans la nature, la robustesse ne vient pas de la rigidité, mais de la capacité à absorber, transformer et redistribuer les tensions. 

Une structure vivante est robuste parce qu’elle accepte l’imprévu, s’adapte, se réorganise. 

Cette robustesse n’a rien à voir avec la force ou la volonté : elle demande d’être appréhendée avec discernement, car elle dépend avant tout des conditions biosociologiques dans lesquelles les personnes et les collectifs évoluent.

Elle est une propriété émergente d’un milieu biosociologique : un écosystème où les états biologiques des personnes (repères, neuroception, régulations) interagissent avec les conditions sociales (clarté, structure, relations, temporalité).

Dans ce cadre, la bienveillance ne peut pas être imposée. Elle apparaît lorsque le milieu est suffisamment stable pour que chacun puisse respirer.

Le fondement biosociologique considère que la capacité de bienveillance, d’empathie et d’ouverture ne dépend pas uniquement de l’état neurophysiologique individuel, mais de la qualité du milieu social, relationnel et institutionnel dans lequel le système nerveux évolue.

Cette approche de la bienveillance, à l'instar de l'approche de la robustesse, rompt explicitement avec le discours de la performance, qui valorise le dépassement, l’optimisation et l’injonction à « sortir de sa zone de confort ». 

Pourquoi cette injonction est en réalité délétère et déconnectée du réel ? Parce que, pour beaucoup, cette zone de confort n’a jamais existé ou a disparu progressivement ou subitement. La priorité n’est pas d’en sortir, mais d’en avoir une

Et une fois qu'on en a une et alors on peut poser l'enjeu d'avoir à en sortir quand nécessaire.

Repères individuels et collectifs : une dynamique fractale du vivant

La question des repères ne concerne pas seulement l’individu. Elle existe à toutes les échelles du vivant : 

  • personnelle, 
  • relationnelle, 
  • collective, 
  • institutionnelle, 
  • et culturelle. 
Chaque niveau possède sa manière de lire les signaux de sécurité, de danger, de nuance et de cohérence. Cette lecture constitue un repère, qui peut se trouver dans l’un des trois états suivants :

  • Repère classique — la sécurité est lisible, la nuance recevable, la prévisibilité apaisante.
  • Repère fragilisé — la sécurité devient instable, la nuance déstabilisante, la prévisibilité incertaine.
  • Repère inversé — la sécurité devient suspecte, la nuance menaçante, la prévisibilité inquiétante.

Cette typologie proposé dans cette approche de la bienveillance évite une vision binaire du vivant. Elle montre que les repères ne sont pas des traits fixes, mais des états dynamiques, modulés par la biologie et par le contexte social.

Dans chacun de ses repères, la bienveillance peut se manifester, mais avec des conditions différentes. Par exemple, si dans un repère classique la bienveillance se nourrit de la douceur, de la proximité, d’un regard direct, en revanche ces mêmes conditions sont autant de signaux de danger perçus en repère inversés.

Par ailleurs, il s’agit de bien distinguer les repères fragilisés et les repères inversés. Le tableau suivant synthétise les différences :

Repères fragilisés

Repères inversés

Oscillation

Inversion stable

Sécurité possible mais instable

Sécurité lue à l’envers

Sensibilité

Vigilance structurante

Retour possible rapide

Sortie lente et risquée

Repères individuels : une lecture neurophysiologique conditionnée par le milieu

Au niveau individuel, le repère détermine la manière dont le système nerveux lit les signaux.

  • Dans un repère classique, la porte neurophysiologique peut s’ouvrir : l’état polyvagal ventral (état de sécurité et de connexion du Système Nerveux Autonome) devient accessible, la co régulation possible, la bienveillance émergente.
  • Dans un repère fragilisé, la porte s’ouvre et se ferme de manière instable : la personne oscille entre ouverture et vigilance.
  • Dans un repère inversé, la porte ne peut pas s’ouvrir : les signaux de sécurité sont interprétés comme menaçants.

Ce n’est pas un défaut biologique, mais une cohérence adaptative du Système Nerveux Autonome (SNA) à un vécu où la sécurité a été dangereuse.

Repères collectifs : la même dynamique à l’échelle d’un groupe

Les collectifs, communautés, institutions et cultures possèdent eux aussi un repère.

  • Un collectif classique produit de la clarté, de la cohérence, de la nuance, de la prévisibilité.
  • Un collectif fragilisé envoie des signaux contradictoires : règles floues, injonctions paradoxales, communication instable.
  • Un collectif inversé lit les signaux à l’envers : la nuance devient suspecte, la clarté menaçante, la confiance dangereuse.

Certaines bulles complotistes illustrent un repère collectif inversé : la menace extérieure devient rassurante, la sécurité extérieure devient menaçante. 

L’Éducation nationale illustre souvent des repères collectifs fragilisés : injonctions contradictoires, charge chronique, instabilité structurelle. Des collectifs qui peuvent basculer en repère inversé.

Dans ces milieux, même des individus régulés ne peuvent pas ouvrir durablement leur porte neurophysiologique.

Une cohérence fractale : les mêmes lois du vivant à toutes les échelles

La dynamique des repères est fractale : les mêmes principes s’appliquent à l’individu, à la relation, au collectif, à l’institution, à la culture.

  • Un individu peut basculer de classique → fragilisé → inversé.
  • Un collectif aussi.
  • Une institution aussi.
  • Une culture aussi.

Et ces basculements s’influencent mutuellement. Un individu peut être fragilisé par un collectif fragilisé. 

Un collectif peut être inversé par une culture inversée. 

Un individu peut rester classique dans un collectif fragilisé grâce à sa résilience. 

Un collectif peut redevenir classique si son milieu est stabilisé.

Cette fractalité renforce la pertinence de la séquence vivante → robuste (sécurisation) → émergente → robuste (flexibilité), qui fonctionne à toutes les échelles du vivant et décrite un peu plus loin dans cette page.

Bienveillance et incertitude des repères

Il n’est jamais simple d’identifier le repère d’une personne ou d’un groupe. Le repère est dynamique, contextuel, parfois invisible ; il peut varier selon la charge du moment, les personnes présentes, le sujet abordé ou l’histoire relationnelle. 

Dans une assemblée, cette complexité se multiplie : plusieurs repères coexistent, se croisent, se répondent ou se contredisent. Une même parole peut être reçue comme apaisante par certains et comme intrusive ou menaçante par d’autres.

Dans ce contexte, une bienveillance robuste ne peut pas viser d'emblée à « faire du bien »

Ce qui fait du bien à un repère classique peut déstabiliser un repère fragilisé ou être vécu comme dangereux par un repère inversé

La priorité doit donc être donnée à l’enjeu « ne pas faire de mal » : créer un milieu clair, prévisible, non intrusif, qui puisse être reçu comme bienveillant par le plus grand nombre, quels que soient leurs repères.

Cette posture s’inscrit dans les trois enjeux fondamentaux : faire du bien, ne pas faire de mal, dénoncer et faire face au mal

Dans un groupe hétérogène, « ne pas faire de mal » constitue le socle commun, le seuil de sécurité minimal qui permet à chacun de respirer. C’est ce seuil qui rend possible ensuite l’émergence d’une bienveillance authentique : non pas impulsée, affichée ou démontrée, mais une bienveillance qui apparaît d’elle‑même lorsque les repères se stabilisent et qui ouvre alors la possibilité d’investir une forme plus active du « faire du bien ».

Dans cette incertitude des repères, la bonne posture consiste à :

  • adopter une présence claire, lisible et non intrusive,
  • parler depuis soi plutôt que sur l’autre, 
  • expliciter ses intentions, 
  • laisser des marges de manœuvre,
  • éviter les gestes ou formulations qui imposent une proximité ou une émotion. 

Le bon comportement est celui qui crée de l’espace plutôt que de l’emprise, qui rend possible l’ouverture sans l’exiger, et qui permet à chacun de rester souverain dans son rythme

C’est une bienveillance qui prépare le terrain plutôt qu’elle ne cherche à produire un effet : une bienveillance qui privilégie :

  • le « comment » plutôt que le « quoi », 
  • l'attention plutôt que l'intention,
  • la relation plutôt que le "faire".

Pourquoi cela justifie le fondement biosociologique comme fondement premier de la bienveillance

La biologie ne peut pas s’exprimer dans un repère fragilisé ou inversé. La porte neurophysiologique qui permet d’accéder aux capacités d’empathie ne peut pas s’ouvrir si :

  • la prévisibilité manque,
  • la cohérence est absente,
  • la nuance est menaçante,
  • la sécurité est suspecte,
  • le collectif est instable.

Le fondement premier de la bienveillance doit donc être biosociologique, car il :

  • stabilise les repères et contribue à la restauration de repères classiques,
  • crée la prévisibilité,
  • restaure la lisibilité,
  • rend la nuance possible,
  • prépare la porte neurophysiologique,
  • permet à la biologie de fonctionner.

La biologie devient alors une racine interne, mais non la racine première.

Plus de précisions sur le fondement biologique.

Une dynamique en quatre temps : vivante, robuste, émergente, robuste

Une dynamique en 4 temps décline les 3 qualités de l’approche de la bienveillance VRÉ (Vivante, Robuste et Émergente) :

  1. Vivante
  2. Robuste par la sécurisation
  3. Émergente
  4. Robuste par l’acceptation de l’imprévisibilité

1) Vivante — accueillir ce qui est

Le milieu commence par reconnaître le vivant tel qu’il se présente : les états, les repères, les fragilités, les rythmes. Aucune injonction, aucune pression, aucune exigence de dépassement. On part du réel, pas d’un objectif.

2) Robuste (sécurisation) — créer la zone de confort

La robustesse commence par la prévisibilité, pas par la flexibilité. Elle installe un sol stable :

  • clarté,
  • non intrusion,
  • cohérence,
  • limites explicites,
  • temporalité lisible,
  • intentions transparentes.

C’est ici que se construit la zone de confort, non comme un piège, mais comme un milieu de régénération. Sans cette étape, l’imprévisibilité est vécue comme une menace, surtout pour les repères fragilisés ou inversés, y compris une bienveillance qui serait inhabituelle.

3) Émergente — laisser apparaître ce qui peut naître

Quand la sécurité est réelle, quelque chose peut émerger :

  • nuance,
  • curiosité,
  • humour,
  • coopération,
  • détente,
  • circulation de la parole.

L’émergence n’est pas un effort : c’est une conséquence. Comme la floraison du hêtre, elle ne se force jamais.

4 Robuste (flexibilité) — accueillir l’imprévisibilité

Ce n’est qu’après stabilisation et émergence que la robustesse devient possible : la capacité à tenir dans l’imprévu sans se casser.

La flexibilité apparaît alors naturellement :

  • variations recevables,
  • ajustements en direct,
  • co construction,
  • complexité vivable,
  • imprévus non menaçants.

On ne « sort » pas de la zone de confort : on l’agrandit. On agrandit la fenêtre de tolérance aux fluctuations.


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