La fabrique du "Comment" dans les décisions du quotidien


Cette page fait partie du dossier Bienveillance et décisions.

La plupart de nos décisions quotidiennes ne sont pas motivées en première intention par la bienveillance. Et c'est bien normale, parce qu'elles répondent à des besoins pratiques, des contraintes, des automatismes, des rythmes de vie.

Et pourtant, c’est dans ces décisions ordinaires — répondre à un message, poser une limite, demander quelque chose, dire oui ou non, choisir un ton, un moment, un rythme — que se joue une grande partie de l’impact réel de notre bienveillance, de nos gestes sur nous-mêmes, sur autrui et sur le milieu.

Le “comment” n’est pas un détail. Il n'est pas secondaire non plus.

Pourquoi ? Parce que c'est justement quand il est un détail, un secondaire, voire un oublié que malveillance et absence de bienveillance se manifestent. Y compris quand l'intention première est la bienveillance.

C’est un lieu de bienveillance, un espace où se construit la qualité du lien, la sécurité du milieu, la régulation du système nerveux, et la recevabilité du geste.

Le “comment” comme espace de décision à part entière

Décider quoi faire est une chose. Pourquoi, on le fait en est une autre.

Décider comment le faire en est encore une autre — souvent la plus déterminante par rapport aux enjeux de bienveillance dans notre société.

Le “comment” inclut :

  • le ton,
  • le rythme,
  • la posture,
  • la distance,
  • la clarté,
  • la douceur ou la fermeté,
  • la manière de poser une limite,
  • la façon de dire non,
  • la manière de demander, 
  • la pensée de la recevabilité de notre comportement, ...

Deux décisions identiques peuvent avoir des effets radicalement différents selon la manière dont elles sont posées.

Le “comment” est un espace d’ajustement fin, où la bienveillance circule même quand elle n’est pas l’intention première.

Le "comment" concerne non seulement l'action mais aussi la décision elle-même : comment pouvons-nous décider de telle sorte que le processus de décision prenne soin des parties prenantes dans leur construction de la décision.

Le “comment” comme régulation du système nerveux

La manière d’agir influence directement l’état du Système Nerveux Autonome — le nôtre et celui d’autrui.

Un même message peut activer la menace - provoquant réaction agressive ou fuyante ou figement - ou activer la sécurité.

Un même refus peut fermer la relation ou préserver/cultiver le lien.

Un même cadre peut écraser ou soutenir.

Le “comment” devient alors un outil de co‑régulation, un moyen de rendre la décision recevable, de maintenir la sécurité, de permettre la nuance.

Le “comment” comme terrain de jeu du « ET pondéré »

C’est dans le “comment” que se joue des pondérations telles que :

  • douceur ET fermeté,
  • respect ET efficacité,
  • spontanéité ET non‑intrusion,
  • affirmation de soi ET non‑écrasement
  • besoin de singularité ET besoin d'appartenance,
  • responsabilité ET liberté, 
  • indulgence ET exigence, 
  • faire du bien ET faire plaisir, ...

Le “comment” est le lieu où le « ET pondéré » devient un geste concret, incarné, observable.

Accéder à la page dédiée : Le “ET pondéré” pour remplacer le “grand méchant OU”

Le “comment” comme antidote à la micro‑impuissance

Dans les décisions ordinaires, l’impuissance n’est pas toujours spectaculaire.

Elle peut être discrète, diffuse, quotidienne :

ne pas savoir comment dire quelque chose, comment poser une limite, comment répondre, comment demander, comment refuser, comment ajuster.

Cette micro‑impuissance peut mener à la non‑décision,  l’évitement, la surcharge, la culpabilité induite par une rigidification temporaire du SNA.

Le “comment” devient alors un levier de mobilisation :

un moyen de retrouver une marge d’action, même minuscule, même fragile.

Quand l’impuissance devient solitaire : retrouver du mouvement

Lorsque l’impuissance devient plus profonde — ce que j’appelle l’impuissance solitaire — deux voies complémentaires permettent de retrouver du mouvement :

  • la puissance coopérative, lorsque l’enjeu devient atteignable en s’appuyant sur d’autres ;
  • l’acceptation active, lorsque l’enjeu est hors de portée et que la mobilisation doit être intérieure.

Ces dynamiques — sortir de l’isolement, retrouver de la sécurité, réactiver la capacité d’agir — sont détaillées dans une page dédiée :

Accéder à la page dédiée : Sortir de l’impuissance solitaire par la puissance coopérative et l’acceptation active

Le “comment” comme écologie du milieu

Chaque micro‑décision quotidienne contribue à la qualité du milieu :

  • un message envoyé sans agressivité, voire mieux avec un ton chaleureux qui facilite la co-régulation,
  • une limite posée sans dureté,
  • un refus formulé sans humiliation,
  • un besoin exprimé sans captation,
  • un silence choisi pour faire une pause.

Le “comment” n’est pas un supplément moral :

c’est une écologie relationnelle, une manière de prendre soin du milieu tout en prenant soin de soi.


Comment cultiver un “comment” ajusté

Quelques gestes simples permettent de construire un “comment” plus ajusté :

  • en premier lieu, identifier l’état du moment de son SNA,
  • se donner le temps pour la décision et l'action,
  • identifier les parties prenantes, les associer si c'est pertinent, et vérifier leur disponibilité
  • commencer par la douceur, par les mettre en sécurité, d'autant plus s'il s'agit de devoir lever des tensions,
  • clarifier le cadre sans rigidité,
  • distinguer l’intention du geste et la manière de le poser,
  • accepter l’incertitude des impacts,
  • accepter l'idée qu'il puisse survenir des imprévus, et accueillir ces imprévus quand ils sont là,
  • ajuster après coup si nécessaire.

Le “comment” n’est jamais parfait.

Il est vivant, réversible, ajustable.

Une manière d’être au monde

La bienveillance n’est pas seulement une intention. Elle ne se limite pas aux gestes motivés en première intention par la bienveillance.

Elle peut traverser notre manière de décider en toutes circonstances.

Elle peut traverser notre manière d’agir.

C’est une manière d’être au monde. C'est une manière de vivre.

Le “comment” est l’endroit où cette manière devient visible, sensible, vivante, incarnée.

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