2 visions de la bienveillance

 


Révision du 30/03/2026

Dans l'article Problème DE bienveillance et AVEC la bienveillance que j'ai écrit à l'occasion de la création de ce blog, j'ai évoqué que le concept de bienveillance est malheureusement relativement inopérant dans notre société.

Il m'a semblé utile en 2025 de compiler les "griefs" que l'on peut faire - quelques fois légitimement - à la bienveillance et la vision étroite et biaisé qu'on lui porte et en leur faisant face les arguments d'une vision large, inclusive et transformatrice.

Je le fais à travers 5 aspects :

  • La nature et l'essence de la bienveillance
  • Le champ d'application et des dimensions
  • Le degré d'exigence et de difficulté
  • La gestion des désaccords et des émotions
  • Les dimensions juridique, sociale et sociétale
Pour chacun de ces aspects, je donne un verbe relatif à la dynamique qui conduit de la version actuelle à la vision élargie d'une Société et de Territoires de la Bienveillance.

Voici un schéma général :



Je donne maintenant un tableau comparatif pour chacun des aspects :

Vision étroite ou biaisée de la bienveillance

La bienveillance VRÉ

Nature et essence de la bienveillance

Un but,
un simple trait de caractère


Un cheminement sécurisé
et une disposition
associée à une conduite.

Ce serait un but, un objectif, une destination

C’est un cheminement, un guide de tout instant.

Ce serait un trait de caractère

Chaque rencontre entre une situation donnée et un individu ou un collectif donné est l’opportunité de jouer la bienveillance

La bienveillance est un idéal abstrait, déconnecté du réel.

La bienveillance suit les lois du vivant : cycles, saisons, limites, diversité, interdépendance

Son fondement premier est celui de la morale.

Son fondement premier est biosociologique. L’accès à la bienveillance dépend en premier lieu de l’état du moment du Système Nerveux Autonome, lui-même influencé par la qualité du milieu social, relationnel et institutionnel

dans lequel le SNA évolue

La bienveillance est avant tout produite par la volonté.

La bienveillance est avant tout produite par les conditions du milieu.

Elle peut apparaître quand le terrain est prêt

La bienveillance se prescrit sans considération des conditions réelles et sans qu’elle ait une véritable consistance.

La bienveillance pousse quand le terrain a été préparé et que les gestes de culture l’accompagnent.

Le geste de bienveillance dépend de la vision du monde de celui qui le prodigue

Le geste de bienveillance dépend à la fois du besoin de l’entité (individu ou collectif) qui le prodigue, de l’entité qui le reçoit et des environnements qui les entourent

Ce serait seulement une disposition

C’est une disposition ET une conduite, deux aspects indissociables

Elle se limiterait à l’intention ne pas faire de mal, à un pacte de non-agression

C’est 1/faire du bien, 2/ne pas faire de mal et 3/ signaler, faire face et réparer le mal

Elle ne serait qu’affichage, une déclaration de principe et les actes qui ne suivent pas, voire sont à l’inverse

Elle est attentive à l’alignement, à la cohérence entre ce que l’on pense, ce que l’on dit et ce que l’on fait, entre le POURQUOI, le COMMENT et le QUOI, individuellement et collectivement

Elle n’engagerait à rien

Elle investit les principaux enjeux de notre société d’aujourd’hui et de demain

Elle serait universelle

Elle est universelle ET en même temps, il y a des différences culturelles et des curseurs qui varient individuellement et collectivement



Vision étroite ou biaisée de la bienveillance

La bienveillance selon une Société et des Territoires de la Bienveillance

Champ d'application et dimensions

Une vision restrictive de la bienveillance

Une vision large,
inclusive, équilibrée et transformative

Donner …

… sans prendre conscience de ce qu’on reçoit,

 

… sans forcément considérer les vrais besoins,

… en s’oubliant soi-même

Le mantra de la bienveillance :

Recevoir,

faire circuler, bonifier,

protéger, contribuer, donner

là où la vie a réellement besoin de nous,

à la juste mesure de nos forces.

C’est être attentionné, empathique ou aidant quand tout va bien.

Elle appelle aussi à travailler, individuellement et collectivement,

pour créer et cultiver les conditions qui permettent de :

  •         Faire face aux tensions : rester juste, régulé et responsable, quand les situations se tendent, quand ça va moins bien, quand quelque chose déraille ;
  •         Faire face à l’inacceptable : prendre soin et prendre ses responsabilités, lorsque nous sommes témoins de malveillance, de négligence ou d’un déséquilibre qui met une personne ou un écosystème du vivant en difficulté.

Et cela n’est possible que si chacun se sent suffisamment en sécurité pour agir.

La bienveillance n’exige pas de se mettre en danger :

elle invite à agir à la mesure de ses capacités, avec le soutien :

  •         de l’éducation,
  •         de la régulation,
  •         du soutien mutuel
  •         et de cadres protecteurs.

La bienveillance devient vivante, robuste et émergente

lorsqu’elle organise la sécurité qui rend l’action juste possible.

Elle serait sélective, exclusive, excluante (ex : je suis bienveillant-e uniquement avec mes proches)

Elle est large et inclusive

Elle se limiterait aux interactions entre deux personnes

Elle balaye toutes les strates de la société, collectifs, communautés, écosystèmes, humains et autres qu'humains

Cela ne concernerait que les actes relevant de l’altruisme

Elle traverse tous les actes du quotidien, y compris les échanges commerciaux

Elle serait tournée uniquement vers autrui

Elle s’investit autour de 4 dimensions indissociables (Moi-Je, Toi et Moi, Moi dans des Nous, et Vous en Moi)

Certaines personnes seraient trop bienveillantes. Elles en feraient beaucoup trop.

C’est un équilibre à chercher entre ces 4 dimensions indissociables

Elle nécessiterait l’oubli de soi

La bienveillance à soi-même fait partie intégrante, voire mérite de constituer une condition préalable pour éviter le surengagement et l’épuisement qui serait perdant-perdant

Elle serait circonstancielle, activable dans des situations particulières

Elle guide au quotidien suivant un processus en 6 verbes : observer, penser, ressentir, s’exprimer, décider, agir

Elle serait binaire : bienveillance ou malveillance

Une échelle de la bienveillance avec 3 segments : malveillance, absence de bienveillance et bienveillance

Elle serait à sens unique et ne devrait rien attendre en retour

Elle intègre systématiquement un certain niveau de réciprocité, variable selon le type de relation

Elle serait au contraire de l’ordre du donnant-donnant

Elle n’est surtout pas comptable.

Elle sentirait mauvais la condescendance : on demande la bienveillance d’une autorité

Elle est respectueuse de toutes les parties prenantes

Dans les relations asymétriques (parent-enfant, enseignant-élève, soignant-patient, chef-subordonné, …) elle serait par essence à sens unique

Elle se conçoit en cultivant une réciprocité non comptable, y compris dans les relations asymétriques

Ce serait trouver forcément une solution à une personne qui a un problème, avec le cas échéant un inconfort à ne pas en trouver ou à en trouver sans qu’elle soit retenue

Elle est en premier lieu empathie, qui en tant que telle, apporte un bienfait.

Fournir une solution, n’est pas forcément la demande de l’autre.

L’autre doit rester tant que faire se peut l’acteur principal


Vision étroite ou biaisée de la bienveillance

La bienveillance selon une Société et des Territoires de la Bienveillance

Degré d'exigence et de difficulté

Complaisance, faiblesse
et facilité

Responsabilité
et exigence

Elle serait complaisante

Elle est exigeante ET indulgente

Ce serait un signe de faiblesse

C’est une force sereine et déterminée

Ce serait un manque de courage

Elle nécessite au contraire du courage, notamment pour signaler, faire face et réparer le mal

Il s’agirait de faire plaisirà tout prix

C’est faire du/le bien, ce qui n’a absolument rien à voir et nécessite de savoir aussi dire Non

Considérer et apprécier ses propres gestes de bienveillance en fonction de sa propre vision du monde et de ses intentions de faire du bien.

Le Principe d’ajustement et d’appréciation de la bienveillance VRÉ :

« La bienveillance n’est pas définie par mon intention de te faire du bien de mon point de vue.

Elle dépend

    -  de mon état du moment,

    -  du tien,

    -  de la qualité de notre relation

    -  et de l’environnement dans lequel nous interagissons.

Elle naît de notre ajustement réciproque et s’apprécie dans ce que notre relation peut réellement accueillir et faire émerger autour de nous, pas dans ce que je crois offrir. »

La perception biaisée de plus donner que recevoir et la sous-estimation de la bienveillance que l’on pourrait recevoir

Nous recevons toujours plus que ce que nous percevons. D’où l’enjeu de rendre visible l’invisible.

Nous donnons toujours moins que ce que nous croyons.

Ce serait tomber dans la facilité

La facilité conduit plutôt à la malveillance et l’absence de bienveillance. La bienveillance est exigeante : elle nécessite du temps, de l’attention, de l’énergie, des efforts.


Vision étroite ou biaisée de la bienveillance

La bienveillance selon une Société et des Territoires de la Bienveillance

Gestion des désaccords et des émotions

La bienveillance inopérante
en cas de tension

La bienveillance efficace
en cas de tension

Elle serait bisounours et non pragmatique

Elle est ancrée dans le réel et antidote au cynisme

On devrait s’interdire de dire NON, de dire des vérités qui fâchent

Elle est respectueuse et assertive (affirmation de soi), et est un guide pour confronter des situations de désaccord

Elle se traduirait par une tolérance sans limite

Elle n’est pas tolérante avec ce qui est intolérable. Elle engage à signaler, faire face avec bienveillance (sans violence) et réparer ce qui relève de l’intolérable

Elle serait castratrice d’émotions inconfortables (particulièrement, on n’aurait pas le droit d’être en colère)

Elle nous connecte à nos émotions, nous permet de les relier à nos pensées et elle peut guider dans la gestion des inévitables tensions pour prévenir les conflits

Elle serait intrusive : on conçoit mon bien sans me demander mon avis

Elle respecte le libre-arbitre et s’appuie sur l’empathie


Vision étroite ou biaisée de la bienveillance

La bienveillance selon une Société et des Territoires de la Bienveillance

Dimensions juridique, sociale et sociétale

Un concept abstrait
sans impact réel

Ciment de la cohésion sociale
avec des traductions juridiques

Faire progresser la bienveillance dans notre société consiste à réduire la quantité de comportements malveillants (le mal) et à augmenter la quantité des comportements bienveillants (le bien) à l’échelle individuelle.

La bienveillance émerge d’un environnement où les relations sont structurées pour permettre la sécurité, la recevabilité, la réciprocité. C’est une propriété émergente d’un environnement favorable
conjuguée à une dynamique relationnelle vivante,
opérant un renversement qualitatif plutôt qu’une opposition symétrique
.

Faire progresser la bienveillance dans notre société, c’est transformer le milieu et les conditions qui produisent les comportements bienveillants.

La chaîne logique
de l’invisibilisation dans notre société :

  1.  Ce qui n’est pas visible n’est pas connu
  2. Ce qui n’est pas connu n’est pas apprécié à sa juste valeur ni valorisé
  3. Ce qui n’est pas apprécié n’est pas protégé
  4. Ce qui n’est pas protégé ne peut être robuste

 

 

Cercle vertueux
de la Bienveillance vré :

  1. Ce qui est exploré
    devient connu
  2. Ce qui devient connu peut être apprécié et valorisé

  3.  Ce qui est devenu précieux engage à être protégé
  4. Ce qui est protégé devient robuste et invite à la curiosité de ce qui reste encore invisible

 

La bienveillance ne se traduirait pas juridiquement

2 exemples de traduction juridique :

1/ Les entreprises ont une obligation de préserver la santé des salariés ; cela relève de la responsabilité pénale du dirigeant

2/ la non-assistance à personne en danger ; cette forme d’absence de bienveillance constitue un délit sanctionnable sur les plans pénal et civil (peine principale de 5 ans d’emprisonnement et 75 000€ d’amende)

Ce serait une mode castratrice, un bien-pensant que certains veulent imposer pour tuer la liberté d’expression et de manifestation des désaccords

Elle peut être le ciment de la cohésion d’une société où la liberté de chaque partie prenante s’arrête là où commence celle des autres

Ce serait un truc de plus pour essayer d’émasculer notre société

Elle cherche à mettre fin aux conséquences désastreuses du patriarcat (exploitation des individus et de la nature sans considération ni limites)





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